BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Grosse date ce soir avec la venue événementielle de Blood Incantation, groupe majeur de death metal qui a sorti en 2024 le référentiel Absolute Elsewhere. Soyons francs, si la qualité des sorties est épatante, plus rares sont les sorties de grands disques, de ceux qui marquent une époque et traversent les années. Comparativement aux années 80, notre époque est moins prolifique en grandes sorties mais nous offre plus de concerts. On ne peut pas tout avoir ! Absolute Elsewhere fait clairement partie de la race de ces albums haut de gamme. Le death metal connaît un second âge d’or et Blood Incantation est clairement une locomotive sur cette réussite. Audacieux avec ce death metal cosmique intégrant des éléments prog / psychédélique 70’s, créatif, n’hésitant pas à sortir des codes du genre avec ce death hyper original, Blood Incantation a mis un sacré coup de pied à une scène qui tendait trop vers le old-school et rappeler que le mélange des genres, si tant est qu’il soit bien fait, faisait recette. Dans la continuité de cet immense disque, on attendait de les voir en live. Petite déception de ne pas les voir au Hellfest 2025, manque comblé en 2026. Le Nord avait eu quelques dates, c’est enfin notre tour, nous les Sudistes écrasés par des canicules désagréables à vivre. C’est un honneur pour la Ville Rose de les recevoir avant qu’Aix en Provence n’ait ce plaisir demain soir. Noiser a frappé fort avec cette venue et c’est dans la magnifique Interférence que se déroule ce concert qui fera date et qui se présente déjà comme un des gros shows 2026.
Gong
Surprise avec la présence en première partie de Gong, groupe de rock progressif originaire de Paris et en fonction depuis 1967 (avec toutefois des hiatus plus ou moins longs). Archétype du groupe des années 70’s, le collectif mené par Kavus Torabi renvoie immédiatement l’image de musiciens expérimentés, les cheveux sont grisonnants, l’attitude et la dégaine caractéristiques de la scène prog. Saxophoniste qui intervient à bon escient, bassiste qui joue aux doigts, riffs utilisés sous forme de boucles qui assènent une ambiance en prenant (vraiment) son temps. Pour jouer franc-jeu, je n’accroche pas, Kavus Torabi semble possédé avec son regard extatique mais j’adhère moyennement à ce type de rock prog qui m’ennuie assez vite. Et pour moi, le frontman en fait trop. Ce n’est que moi et ce n’est pas bien grave. Gros avantage, la salle est climatisée ce qui fait un bien fou car dehors, les 38° épuisent et rendent la vie « extérieure » pénible. Oui c’est qu’on est souvent dehors dans le Sud.
Paul Riedl, le chanteur de Blood Incantation, rendra hommage plus tard à Gong les présentant comme un immense groupe de rock prog et confiant être honoré de les avoir. Navré de ne pas partager ce point de vue mais avec la sensation de ne pas être seul à avoir ce ressenti vu l’accueil juste poli que le groupe a reçu.
Blood Incantation
Petite attente, pause rafraichissement où déjà on constate deux obélisques, une de chaque côté de la scène déjà présente alors que Gong était l’œuvre. La scène est vaste, il y a de l’espace à l’Interférence. La journée a été longue et c’est vers 21h45 que les lumières s’éteignent. Scène plongée dans une semi-pénombre où on voit débarquer les musiciens qui se mettent à leur place respective : Morris Kolontyrsky à la guitare et Jeff Barrett à la basse sur les côtés avec Paul Riedl chanteur et guitariste au centre des débats. Derrière, le batteur Isaac Faulk se devine derrière un kit de batterie bien surélevé et John Gamiño, claviériste live occupent tout l’arrière-plan.
Avec un death très technique, les musiciens bougeront peu, très concentrés sur leurs instruments respectifs. Pour autant, il y a une volonté d’interagir avec l’auditoire, mais c’est clairement la musique qui parle. J’ai adoré Absolute Elsewhere je l'ai dit et me voilà servi avec l’interprétation complète du disque. Le frontman précisera bien qu’il s’agit de deux titres découpés chacun en trois parties. Et là c’est l’orgie musicale. L’intro de The Stargate est incroyable, le son fantastique, on comprend tout, c’est du grand Art. Et puis ce premier passage prog !!! Un bonheur infini. On se croirait à un concert de Pink Floyd avec ce clavier magique et cette ligne de mélodie de guitare. C’est beau !! Infiniment beau. Blood Incantation nous régale. L’interprétation est démente, pour ma part, c’est surtout le jeu de Morris Kolontyrsky qui m’envoûte. Ça joue propre, ça joue droit ! La relance death avec blast fait mal, très mal. Un death cosmique grandiose avec cette ligne de guitare d'une beauté indicible à la fin du break -(vers les 4'30 - 5min). C'est merveilleux, comme du Gilmour. Et ce n’est là que le premier tiers du morceau. Ça ne débranche pas, entre parties rapides, voix gutturale (gorgée de réverb), ça joue vite, ça joue bien. Le motif mélodique de guitare qui conclut la troisième partie de The Stargate est dément.
The Message est aussi un régal absolu, c’est d’une fluidité inouïe. L’usage de voix samplées sur les transitions fait irrésistiblement penser au Dark Side Of The Moon du Floyd c’est un délice de prog. La scène reste majoritairement sous-éclairée, les lights sont superbes même si on profite peu du backdrop qui occupe toute l’arrière-scène.
Trois quarts d’heure de rêve, une orgie de death cosmique incroyablement inspirée. Blood Incantation a tout ravagé. Le son des guitares, velu, véloce, dur, est un bonheur. Paul Riedl touche quelques mots au public, on ne comprend pas forcément tout et le public semble un peu hébété devant tant de maestria. Après cette interprétation intégrale d’Absolute Elsewhere, le groupe sort de sa besace, trois vieilleries, trois dingueries death de leurs débuts dont un Vitrification of Blood, Part 1 titre à tiroir absolument démentiel. Avant le rappel Obliquity of the Ecliptic, le frontman évoque leur tour manager, née à Toulouse avec un bel hommage. Merci à elle de nous les avoir amenés (et à Noiser bien sûr) !
Immense show du groupe de Denver qui a régalé et prouvé plusieurs points : que le death était d’une richesse infinie pour qui sortait des sentiers battus. Que l’on peut remplir une salle de plus de 1 500 personnes avec une musique exigeante. Qu’il n’est pas nécessaire de dégager un charisme de fou pour faire venir du public. On a déjà chambré le chanteur sur son physique Gérard Jugnot (c’est vrai qu’il y a un air, le sourire en moins) et ce dernier dégage une posture un peu geek (cette façon de faire des doigts de metal !!) mais quel talent, quelle qualité de jeu. Avec Morris Kolontyrsky, ils font une sacrée paire de guitaristes. Mention spéciale aussi au bassiste Jeff Barrett, discret mais d’une efficacité dingue. Et en jouant aux doigts. Très fort ! Le groupe opte pour une posture très sobre, très death exprimant peu d'émotion.
Lorsque les attentes sont fortes, il est naturel d’être parfois plus réservé sur le ressenti. A contrario, avec de faibles attentes, les bonnes surprises sont légion. Très attendu, Blood Incantation a dépassé toutes les espérances mises dans ce concert délivrant une prestation exceptionnelle de qualité. 1h15 de bonheur death, d’une richesse infinie. D’ores-et-déjà un des concerts de l’année ! Et la confirmation que Blood Incantation est un des groupes les plus passionnants de la scène death. Le groupe du Colorado a permis de passer un cap époustouflant à la scène, prouvant sa capacité à se renouveler et en offrant tous les possibles à une scène death, passionnante depuis quelques années. Une soirée incroyable, un groupe dantesque !