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Allen - Lande
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C H R O N I Q U ELa première pensée qui me traverse l'esprit, quand on évoque Allen - Lande, n'est pas des plus positives tant je trouve que cette franchise s'est essoufflée. The Battle, premier opus célébrant la rencontre de ces deux chanteurs monumentaux (Russell Allen et Jorn Lande, pour ceux qui débarquent) m'avait plutôt séduit. Le second, The Revenge, était encore bon mais sans l'effet de surprise et avec des compos un cran en dessous. Le troisième, The Showdown, mou et peu inspiré, m'a ennuyé. En ce qui me concerne, ce fut vraiment l'épisode de trop. Et voilà que débarque The Great Divide. Méfiance. Magnus Karlsson, guitariste, compositeur et producteur des essais précédents, s'en est allé... Ce n'est peut-être pas plus mal, le Suédois avait sans doute (comme l'illustrait The Showdown) fait le tour du sujet. Sauf que le musicien mandaté pour le remplacer n'est autre que... Timo Tolkki. Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai cru à une blague. Appeler Tolkki pour relayer Karlsson ?! Sérieusement ?! C'est un peu comme remplacer un pneu usé par un pneu crevé, non ? Ma remarque n'est pas très sympa mais Timo s'est montré si peu inspiré depuis un long moment déjà (que ce soit avec Symfonia, Revolution Renaissance ou Avalon) que j'ai tout simplement cessé de croire en lui. Alors quand j'ai su qu'il allait composer et produire The Great Divide (en plus de s'occuper de la guitare, de la basse et des claviers), je me suis dit que l'entreprise prenait des airs de mission suicide. Finalement, le résultat est bien moins mauvais que ce à quoi je m'étais préparé. Comme quoi... Oui, je ne pensais (vraiment) pas écrire cela mais j'y suis contraint : Timo Tolkki arrive à relancer la machine Allen - Lande et l'écoute de The Great Divide m'a procuré quelques bonnes surprises et beaucoup moins d'ennui que celle de The Showdown. Incroyable. Je n'aurais jamais parié dessus. Il ne s'agit pas pour autant d'un disque que je qualifierais d'incontournable, mais entre un troisième face à face soporifique et un Tolkki qui enchaîne les albums médiocres (quand ils ne sont pas carrément ratés, comme le récent Angels of Apocalypse) depuis des lustres, rien que d'avoir à faire à un album correct est déjà très positif, pour ne pas dire inespéré. Ce n'est pourtant pas Come Dream With Me, morceau d'ouverture très mélodique, qui m'a véritablement emballé. Oui, c'est sympa et catchy mais également très classique et prévisible. Ce qui sauve la compo (et quelques autres sur cet opus), c'est évidemment la prestation des deux monstres sacrés dont les noms figurent en haut de l'affiche. On le sait, car Russell et Jorn ne sont pas tout à fait des nouveaux venus, mais quand même... quelles voix ! Et, à titre personnel, ça me fait plaisir d'entendre Allen dans un registre plus mélodique et moins bourrin que sur les derniers Symphony X ou Adrenaline Mob. Reste que la chanson est tout de même inoffensive. Et des titres en pilote automatique, dans la bonne moyenne de ce que Tolkki nous pond depuis des années, il y en a d'autres. Dream About Tomorrow ou Reaching For The Stars, par exemple. Des mid-tempos aux mélodies simples et entêtantes. La première a un riff dont Timo ne doit pas se rappeler qu'il nous l'a déjà ressorti plusieurs fois, la deuxième en manque singulièrement (de riff). Pas mauvais mais pas transcendant. Cependant, disséminées ici et là, se cachent quelques chansons réussies. Down From The Mountain rock bien comme il faut (avec un vrai riff, une prestation top et un Jorn qui déchire tout sur un refrain qui reste en tête). Voilà typiquement le genre de titre qui manquait à l'album précédent. Dans un registre heavy à l'ambiance un peu plus sombre, il y a Solid Ground qui n'est pas mal du tout. Moins gentillette et prévisible que d'autres, cette chanson se démarque. Et puis, il y a aussi la mélodique Lady Of Winter dont l'intro évoque Savatage avant de revenir à un style plus proche de Dio par la suite. Les claviers sont bien utilisés et apportent une touche d'onirisme à cette compo épique et, encore une fois, le refrain est transcendé par un Jorn en grande forme. Dans un style similaire, il y a aussi Hymn For The Fallen. Le riff est bon et les mélodies accrocheuses. Les deux chanteurs participent, c'est plutôt classe et rappelle du bon Pretty Maids (sur le couplet). Et il y a la chanson titre, pesante et sombre, très Black Sabbath période Dio dans l'âme. Jorn est énorme sur le refrain (encore une fois, oui), j'étais loin de me douter que Tolkki était aujourd'hui capable de pondre une compo de ce calibre. Et le solo de guitare est top. Même Bittersweet, la ballade (bonne nouvelle, il n'y en a qu'une) qui conclut le disque est vraiment pas mal... parce que pas niaise et servie par un Russell Allen impérial. Etonnante aussi car elle sonne plus comme du Karlsson que comme du Tolkki. Oui, The Great Divide s'écoute. Et il s'écoute même bien... pour peu que l'on aime ce style (à mi-chemin entre hard rock et heavy metal) et la saga Allen - Lande. Il y a quelques lieux communs, des passages "plan-plan", un peu de pilote automatique à l'occasion... mais une bonne moitié de cet opus est assez inspirée et contient son lot de mélodies qui font mouche. Les monstrueux Allen et Lande confirment qu'ils sont les meilleurs vocalistes de metal mélodique du moment. En plus, la galette est bien produite. Gardons la tête froide : nous ne parlons pas d'une oeuvre qui marquera l'histoire du metal, ni même d'un disque de l'année (et je trouve que le premier épisode de cette saga reste le plus réussi), mais le plaisir que sait procurer The Great Divide par instants est appréciable.
Tracklist de The Great Divide : 01. Come Dream With Me Venez donc discuter de cette chronique, sur notre forum ! | |||||||||||||||||