BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Set The World On Fire, troisième livraison des Canadiens d’Annihilator (ou plutôt du guitariste Jeff Waters... qui n’a gardé du lineup précédent que le bassiste Wayne Darley) est un disque pour le moins "compliqué". J’étais dans les parages au moment de sa sortie, je me souviens de l’accueil assez froid qu’il a reçu. Bien sûr, il a été un peu réhabilité depuis, avec le recul, l’expérience, la sagesse (auxquels chacun peut accéder avec le temps... ou pas) et il se dit même parfois, aujourd’hui, qu’en fait Set The World On Fire est un bon album (certains affirment même qu’il est plus que bon). Remontons le temps et analysons le phénomène.
Quand ce disque débarque en 1993, rappelons qu’il est précédé de deux albums devenus des classiques : le furieux Alice In Hell (1989) et le moins rageur mais très classe Never Neverland(1990). Deux références de thrash technique et mélodique. En 1991, Annihilator a décroché la première partie de Judas Priest sur sa tournée européenne pour Painkiller et c’est Pantera (venant d’accoucher de l’excellent Cowboys From Hell) qui est chargé de chauffer la salle. Affiche de malade. Alors oui, le groupe a le vent en poupe et beaucoup attendent la suite de pied ferme. Et là, surprise ! La mouvance mélodique - déjà amorcée sur Never Neverland - a carrément pris le pas sur les aspects plus robustes ou belliqueux qu’on s’attendait à retrouver. A tel point qu’il ne convient plus du tout de dire qu’Annihilator fait du thrash. Si l’on est gentil, on gardera l’appellation heavy metal. Et encore, le genre compte des albums nettement plus costauds que celui-ci. La démarche est claire, Waters a vu les portes du succès s’ouvrir, il sent l’opportunité qui se présente à lui, il en veut plus et, pour cela, il ne va pas hésiter à largement édulcorer le propos. Mauvais calcul, Roadrunner lourdera les Canadiens après l’échec commercial de l’album aux States. Pas de bol (ça a mieux marché en Europe et au Japon cela dit).
Set The World On Fire ne porte donc pas si bien son nom. Il n’a clairement pas mis le feu au monde entier. Et cela s’explique de plusieurs façons. Un son lissé tout d’abord. La prod est de qualité, c’est propre, nickel, chirurgical... un peu trop, sans doute. Ca manque clairement de puissance ou d’aspérité. Et on pourrait dire la même chose du nouveau chanteur Aaron Randall qui est un bon vocaliste, c’est sûr, mais qui se présente comme une version bien plus mélodique, voire gentillette, de son prédécesseur. Sa voix est agréable et dans un groupe de hard/heavy, il serait à sa place... il n’est juste pas le candidat que beaucoup imaginaient pour Annihilator. Cela dit, son style colle bien aux nouvelles compos. Parlons un peu de la musique justement ! Les choses commencent plutôt bien avec la chanson titre. Certes le tempo est lent (cela dit, The Fun Palace... et même Alison Hell, c’était pas speed non plus) mais l’ambiance reste un peu menaçante et le riff est implacable. D’ailleurs, ce morceau est toujours joué (et apprécié) en concert depuis. C’est un petit classique. Le tempo s’accélère avec la très sympathique No Zone qui porte encore bien la patte de son géniteur, on reconnait le style Waters... c’est juste plus gentil (surtout à cause du chant et de la prod, comme déjà dit plus haut) mais là, encore, je trouve que - si l’on garde l’esprit ouvert - ça passe pas mal. Parce que Jeff est un bon compositeur, voilà tout. Et c’est sans doute pour cela que Set The World On Fire a fini par être revalorisé avec le temps (pas par tout le monde, certains le détestent encore cordialement) : oui, le style est plus soft... oui, après les deux premiers albums, ça fait bizarre... mais (encore) oui, c’est plutôt bien fichu.
Il y a d’autres compos qui valent le détour et ont leurs fans : Knight Jumps Queen et sa super ligne de basse, notamment. Ca n’est toujours pas frénétique mais bien entraînant et finalement pas si éloigné d’un morceau comme Stonewall sur l’album précédent. On retrouve aussi un peu de folie et de technique (ainsi que des références au passé) sur Brain Dance qui clôt l’album. La compo ne se prend pas au sérieux, elle part dans plusieurs directions, alterne riffs thrashy, couplets très mélodiques, refrain foufou et un break schizo avec des chœurs volontairement bébêtes/déjantés... je l’ai toujours bien aimée celle-là, elle est fun. Et, n’oublions pas de le préciser, ça joue très bien. D’ailleurs, cet album est l’occasion de découvrir un certain Mike Mangini, batteur qui passera brièvement chez Extreme, Steve Vai, James Labrie, reviendra chez Annihilator de temps à autre (pour des disques plus musclés) mais surtout connu maintenant pour ses années chez Dream Theater. Le jeu de guitare de Waters est également assez remarquable et il nous régale avec des petits riffs et solos vraiment pas dégoûtants. Mais...
... oui, il va bien falloir parler des excès de gentillesse qui ont dû sacrément dérouter la fanbase de l’époque. La ballade Phoenix Rising, bien sûr, jolie mais très très... ballade, quoi. Et donc forcément trop mièvre pour les férus de thrash (c’est assez bien écrit en réalité mais le contraste avec ce les albums passés est un peu violent). Sounds Good To Me a de jolies mélodies également mais là non plus, pas de thrash, ni de heavy, ni de hard d’ailleurs... c’est un titre très léger, quasi pop, avec de la guitare en son clair. Certains ont dû recracher leur café en entendant ça. The Edge, c’est du hard rock sympatoche mais assez lisse pour ne pas dire totalement inoffensif... Don’t Bother Me bouge un peu plus mais, malgré un riff de départ un poil plus torturé, sonne plus Van Halen(dont Jeff est grand fan, on le sait)qu’autre chose. Le hard rock sautillant, vous en aurez sur la plaisante Snake In The Grass d’ailleurs. Chacun sera libre d’apprécier (ou non) ces différents morceaux en fonction de ses goûts et de son ouverture d’esprit. Certains sont - à mon sens - vraiment cool, d’autres passent moins bien mais l’ensemble n’est pas inintéressant et ne manque pas d’accroche.
Voilà, vous l’avez peut-être compris, je l’aime bien ce Set The World On Fire. Je ne le qualifierais pas de grand disque, il ne figure clairement pas parmi mes préférés du groupe mais il m’a toujours fait passer un moment agréable. Il possède notamment une poignée de compos que je suis toujours ravi de retrouver en live. Et il me ramène à mes années lycée... aaahhh, nostalgie. Mais oui, il s’agit bien d’une œuvre clivante qui souffre parfois de son ostensible quête de gloire. Peut-être que s’il était sorti sous un autre nom, comme un album solo du guitariste par exemple, il aurait été moins décrié, allez savoir... En tout cas, cet échec n’aura pas raison de Jeff Waters qui redurcira le ton à l’avenir (sans exclure certaines "surprises" ou expérimentations pour autant) et fera mieux (mais pas toujours).
Tracklist de Set The World On Fire :
01. Set The World On FIre 02. No Zone 03. Bats In The Belfry 04. Snake In The Grass 05. Phoenix Rising 06. Knight Jumps Queen 07. Sounds Good To Me 08. The Edge 09. Don’t Bother Me 10. Brain Dance