Blut Aus Nord

Artiste/Groupe

Blut Aus Nord

CD

Memoria Vetusta III : Saturnian Poetry

Date de sortie

Octobre 2014

Label

Debemur Morti Productions

Style

Black Metal épique

Chroniqueur

Mythos

Note Mythos

18/20

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C H R O N I Q U E

On ne le répétera jamais assez mais ils en ont parcouru du chemin les membres de Blut Aus Nord. Depuis le célèbre Ultima Thulée jusqu’à la trilogie des 777 en passant par les MoRT, Odinist, The Work Wich Transforms God et les non moins célèbres Memoria Vetusta, Vindsval (la tête pensante de BAN) nous aura transporté dans les frontières les plus reculées du Black Metal. Mais comme il le dit si bien, la question n’est plus tant de savoir si BAN reste -ou pas- fondamentalement du Black Metal, au sens « canonique » du terme, car « beaucoup d’albums sortent et proposent le package complet mais ne possèdent pas cette âme malgré les ‘riffs parfaitement Black Metal’ qu’ils renferment, [on] ne doit jamais pouvoir identifier cette musique aussi facilement, elle doit se ressentir et pouvoir se terrer là où on ne l’attend pas, c’est là que réside sa véritable subversion » (interview complète ici). C’est ce qui explique une carrière si riche et si profondément expérimentale, n’en déplaise aux plus conservateurs. Le travail est indéniable, la créativité non moins prouvée et la qualité est toujours au rendez-vous, malgré des préférences forcément personnelles. Pour moi, la saga Memoria Vetusta en fait indéniablement partie, ainsi que les œuvres récentes liées au projet 777. Mais c’est aux fameuses Memoria Vetusta que nous allons pour l’instant dédier cette chronique, comme un hommage à une carrière « presque » sans défaut.

En 1996 sortait le deuxième album de BAN sous le très beau titre de Memoria Vetusta I : Fathers Of The Icy Age. Il aura fallu ensuite attendre treize ans de plus pour entendre la suite Memoria Vetusta II : Dialogue With The Stars. Et encore cinq ans pour compléter ce qui s’annonçait déjà comme une trilogie, avec le nouveau Memoria Vetusta III : Saturnian Poetry. Ces mémoires d’un Âge révolu sont pour moi le ciment indémontable de la carrière de Vindsval, le point de retour nécessaire à BAN pour se ressourcer puis évoluer, tout en conservant les bases premières. Memoria Vetusta c’est donc une double approche, à la fois hommage aux groupes mythiques d’antan (Bathory, Emperor), musicalement et esthétiquement parlant (pochette signée Necrolord, artiste à l’origine de In The Nightsight Eclipse d’Emperor) ; mais aussi parti pris idéologique et artistique (si tenté qu’on puisse adosser une quelconque idéologie à Blut Aus Nord).

Le nouvel opus est donc aussi une référence explicite aux Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Et je ne peux m’empêcher de vous retranscrire ici le poème liminaire, tant il vous permettra de saisir l'ambitieux, mais réussi, projet de ce dernier Memoria Vetusta :

"Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci,
Crurent, et c’est un point encor mal éclairci,
Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,
Et que chaque âme était liée à l’un des astres.
[…]
Or ceux-là qui sont nés sous le signe SATURNE,
Fauve planète, chère aux nécromanciens,
Ont entre tous, d’après les grimoires anciens,
Bonne part de malheur et bonne part de bile.
L’Imagination, inquiète et débile,
Vient rendre nul en eux l’effort de la Raison.
Dans leurs veines le sang, subtil comme un poison,
Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule
En grésillant leur triste Idéal qui s’écroule.
Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
Mourir, - en admettant que nous soyons mortels, -
Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
Par la logique d’une Influence maligne".

Ce dernier opus est indubitablement une ode aux Saturniens, ces fils de la mélancolie, communauté imaginaire issue de la « fauve planète », cet astre qui vous retourne la bile et vous plonge dans la noirceur de votre âme. C'est pourquoi Saturnian Poetry est donc nécessairement épique et « grandiloquent » (dans le bon sens du terme). Une œuvre majestueuse et pleine d’instants euphoriques. Passages où les guitares vous emportent dans des mélodies sans fins, accompagnées d’un chant clair en forme de refrain puissant et lumineux à la fois. Difficile de trouver une quelconque imperfection dans cet opus, chaque piste dévoile de nouveaux sentiers saturniens, aux hasards des mémoires oubliées, des temples délabrés, et des peuples effacés par une ère moderne grossièrement matérialiste et utilitaire. 

Memoria Vetusta III est un album du souvenir, une fenêtre ouverte sur le passé, peut-être moins par conviction que par nécessité, comme un rappel implicite de Blut Aus Nord à ce que la mémoire collective a pu oublier ou nous cacher. Je ne pourrais mieux conclure qu’avec un extrait de l’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, qui milita lui aussi en son temps pour une réhabilitation de ces souvenirs perdus, en nous prévenant sur la suite :

« Pour peu que cet effroyable mouvement de la pensée moderne continue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors sous ce règne de l’épais génie des aises physiques qu’on prend pour de la Civilisation et du Progrès, il n’y aura ni ruines, ni mendiants, ni terres vagues, ni superstition comme celles qui vont faire le sujet de cette histoire ».

Memoria Vetusta est comme cette lande Aurevillienne, dernier espace de contemplation et d'imagination, laissée par cet esprit moderne et calculateur.

Tracklist de Memoria Vetusta III : Saturnian Poetry :


01. Prelude
02. Paien
03. Tellus Mater
04. Forhist
05. Henosis
06. Metaphor Of The Moon
07. Clarissima Mundi Lumina

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