Qu’est-ce qui est mieux que d’être le chanteur de trois groupes ? Mikael "Des vacances ?! Pour quoi faire ?" Stanne (Dark Tranquillity, The Halo Effect, Grand Cadaver) a une réponse toute simple à cette question : être le chanteur de quatre groupes. Et le voici donc dans Cemetery Skyline, nouvelle formation nordique combinant les talents de musiciens déjà connus puisqu’en plus de Stanne, on y trouve le guitariste Markus Vanhala (Insomnium, Omnium Gatherum), le claviériste Santeri Kallio (Amorphis), le batteur Vesa Ranta (Sentenced, The Abbey) et le bassiste Victor Brandt (Dimmu Borgir, Firespawn, Witchery...). C’est ce qu’on appelle communément un "supergroupe". Mais il y a un twist ! Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, au vu des carrières respectives des intervenants, ces messieurs ne se sont pas réunis pour proposer une énième variation sur le thème Death plus ou moins mélodique. Non, Cemetery Skyline propose, sur ce premier opus intitulé Nordic Gothic (l’indice est dans le titre), une musique qui puise son inspiration dans un rock/metal gothique issu des années 80 ou 90.
N’attendez donc pas de riffs véloces, extrêmes ou torturés ni de vocalises gutturales ici ! De la noirceur, oui, de la mélancolie, aussi... mais surtout de la mélodie qui accroche et vous hante. C’est bien simple, si vous avez écouté l’un ou plusieurs des nombreux extraits mis en avant par le groupe ces derniers mois, vous avez dû le remarquer : Cemetery Skyline n’a pas son pareil pour livrer du hit ! Et Nordic Gothic confirme ce que les singles avaient mis en avant : cet album est une collection de tubes plus entraînants les uns que les autres. Les influences ne sont pas compliquées à retrouver et, à de nombreux moments, on pense aux groupes que les membres de Cemetery Skyline ont dû beaucoup aimer / écouter : Type O Negative, bien sûr, The Sisters Of Mercy, Paradise Lost (pas dans ses années doom/death mais plus quand il fait du One Second) voire du Depeche Mode avec des guitares et une section rythmique plus rock/metal. Certains pourront donc être tentés de critiquer le groupe pour ce côté "sous influence" et il est vrai que Nordic Gothic peut parfois se concevoir comme une sorte d’hommage aux formations dont ses musiciens sont fans... mais il n’est cependant pas totalement dépourvu de personnalité et, de plus, il est vraiment très bien écrit, interprété, produit... et ses compos font mouche ! Ce qui fait que le moment passé en sa compagnie est plus qu’agréable.
Du rock pêchu et entraînant de Torn Away, à l’assise plus metal mid-tempo de In Darkness et son riff syncopé (et sa super ambiance posée par les claviers de Kallio), en passant par le plus aérien Violent Storm au refrain imparable... tout fonctionne, il n’y a rien à jeter dans cette première moitié d’album. Les riffs sont efficaces, la voix claire de Stanne - qui sait se faire suave - colle parfaitement aux compos, les mélodies sont très catchy voire envoûtantes, l’allure change d’un morceau à l’autre, la production est soignée et Cemetery Skyline atteint un bel équilibre entre nostalgie (le style, les mélodies nous rappellent le passé) et modernité... ça sonne ancien et contemporain à la fois, pas futuriste, c’est sûr, mais pas excessivement passéiste non plus.
Je disais qu’il n’y avait rien à jeter sur cette face A et cela se confirme avec l’excellent single Behind The Lie qui apporte une touche plus obscure et dramatique, avec ses chœurs et orchestrations quasi-symphoniques à certains moments. L’accroche mélodique est forte et le tempo du morceau m’emporte. La cinquième piste, When Silence Speaks, contribue à la diversité du propos sous la forme d’une ballade aux arrangements classieux. Bonne nouvelle : la seconde moitié de Nordic Gothic ne contient pas non plus de mauvaises chansons. Cependant, je trouve que le niveau est tout de même un peu moins haut. Ça reste fort plaisant à écouter car le savoir-faire demeure et l’on retrouve le même type d’ambiance que précédemment. Des titres comme The Darkest Night et Never Look Back passent très bien mais ils n’ont pas exactement le même impact que les singles (très bien choisis). Deux morceaux sortent du lot cependant : This Coldest Heart (tiens, c’est justement un single), introduit par une belle basse et pourvu d’une rythmique grasse et sombre contrastant avec un piano plus lumineux (c’est d’ailleurs assez récurrent sur ce disque : on a beau baigner dans le gothique, la musique n’est jamais trop plombante et conserve un caractère entraînant et tubesque), et la conclusion Together Alone, l’une des compos les moins légères de cet opus. Cette dernière développe son aspect atmosphérique et mélancolique sur sept minutes. Sa beauté me fait penser à certains travaux de Silent Skies (même si l’approche est assez différente). Elle offre plus de profondeur et une conclusion réussie à cet album après une poignée de titres honorables mais qui semblaient ne plus avoir grand-chose de neuf ou marquant à apporter à l’ensemble.
Avec Nordic Gothic, Cemetery Skyline invoque avec talent l’esprit du rock/metal gothique d’antan sans oublier une petite réactualisation du son et du propos. Les musiciens sont évidemment talentueux, Stanne nous régale avec son beau chant clair et l’album contient une jolie flopée de singles imparables. On a donc frôlé la perfection. La deuxième moitié du disque, aussi agréable soit-elle, se révèle moins forte que la première et l’on sent bien qu’une ou deux compos feraient d’honnêtes faces B. Imparfait mais tout de même globalement très bon, ce premier effort mérite largement que l’on se penche dessus.
Tracklist de Nordic Gothic :
01. Torn Away 02. In Darkness 03. Violent Storm 04. Behind The Lie 05. When Silence Speaks 06. The Darkest Night 07. Never Look Back 08. The Coldest Heart 09. Anomalie 10. Together Alone