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Chickenfoot
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C H R O N I Q U EFort d'un premier album festif au succès que ses auteurs clâment plus inattendu qu'escompté (on peut croire cette version, car les bougres ont monté ce groupe pour se marrer... mais entre nous, qui fait un disque sérieux sans l'espoir qu'il marche ?), la dream team composée de Joe Satriani, Sammy Hagar (ex-Montrose, Van Halen, solo), Michael Anthony (ex-Van Halen) et Chad Smith (RHCP) revient avec un second opus judicieusement (ahem...) intitulé III, dont l'instigateur principal est le guitar hero, qui a découvert qu'il est également très sympa de jouer avec des potes dans un line-up classique, dans lequel il "n'aurait que" le rôle de guitariste. Il a donc tanné les collègues, qui ont remis le couvert avec lui. On l'a dit et répété : dans Chickenfoot, le pedigree des membres est tel qu'il ne faut pas aborder la zique de la Patte de Poulet en tant que somme de ses talents & individualités, et donc par la même la rapporter à ses différents groupes-mères, mais bel et bien l'embrasser en tant que groupe à part entière. Certes, ce n'est pas faux. Le premier opus montrait bien qu'une mise en commun des forces pouvait aboutir à une nouvelle entité (même s'il y avait des relents de Van Halen... normal, avec un chanteur typé comme ça). Cependant, il est difficile pour le fan (que je suis) des Satriani, Van Halen et RHCP de ne pas se rapporter aux riffs si reconnaissables du six cordiste chauve dans ses productions en solo (surtout les dernières), ni à la verve festive de Van Halen (évidemment à cause du grain de voix de Hagar, mais aussi du jeu de basse si typique de Anthony), lorsque le lecteur égrenne les dix titres qui composent cette joyeuse galette. C'est par contre moins flagrant pour RHCP, évidemment, puisque c'est son cogneur qui officie chez Chickenfoot. Cela en est d'ailleurs confondant sur l'énergique Big Foot, par exemple, qui semble être une parfaite synthèse "Van Satchen", tant dans la "rythmique riffique" que dans les vocaux de Hagar. De bon aloi, d'ailleurs, ce titre, qui est l'un des meilleurs du disque, tout comme Up Next, Different Devil (avec son coté vieux Aerosmith période Rock In A Hard Place), ou Dubai Blues (qui renvoie fort au Van Halen des eighties), tous étant des titres composés par Joe et enrichis par Hagar (Smith & Anthony ont bossé sur seulement trois titres). Au menu, pas de prise de tête, mais plutôt une jam entre virtuoses orientée vers du rock pêchu. Seulement voilà, là où le premier opus restait sincère à cette démarche et homogène, direct et efficace (sans être non plus l'album de la décennie), un cran a été franchi dans la sophistication (et Joe a aussi voulu un son plus heavy), qui du coup enlève une couche de spontanéité globale. Par contre, le résultat s'en trouve plus élaboré, ce qui présente aussi des points forts. A l'image de Three and a Half Letters, mix de textes (bien trouvés, d'ailleurs), refrains et riffs, très surprenant. Sur l'ensemble, les ingrédients sont là, le son est costaud, les zicos sont de sacrés techniciens (quelle voix, ce Hagar, franchement...), le résultat est sonorement riche, mais il manque à tout cela un tout petit rien pour devenir incontournable : l'évidence d'un AC/DC ou d'un Van Halen, entre autres exemples, qui misent sur la franchise d'une bonne chanson plutôt que sur l'addition de talents (et de techniques)... à moins que l'inspiration forte qui illumine les albums de Joe ne lui soit prodiguée par les muses que pour sa carrière solo ? Par contre, outre les très bons titres cités plus haut, il y a les Alright Alright, Last Temptation, Lighten Up et Come Closer qui constituent l'ossature médiane du disque, cimentent sans dévaster l'auditeur, pénètrent ce dernier à force d'écoute sans le saisir d'emblée, et qui auraient pu être bien plus efficaces si la bande de cerveaux avait un peu moins cogité (ou plus ?)... que voulez-vous, même si Joe semble affamé de simplicité, tout est relatif, et ce dernier ne peut s'empêcher d'envoyer des riffs parfois un peu tortueux, sans parler des soli - souvent excellents, bien sûr (c'est tout de même Joe Satriani - dont je suis un immense fan je précise). Lui qui voue à Hendrix une admiration sans borne, il pourrait même lui dédier Up Next, dont le riff et la structure rappellent étrangement Foxy Lady... Axé sur des formats courts (quatre minutes trente en moyenne), l'album reste donc efficace et bien plus que seulement agréable, mais demandera aux fans de faire un effort pour y dénicher toute sa richesse, si tant est qu'il s'en cache vraiment dans tous les titres, dont une majorité pas (immédiatement ?) prenante (seul Big Foot est instantanément marquant). Joe l'a dit en interview : les trois autres gars n'étaient pas réellement partis pour refaire un skeud ensemble, ils se sont laissés convaincre, avec au final une légère perte de ce qui faisait du premier album un disque spontané. Malgré cela, le fun demeure, et c'est de plus en plus rare de nos jours d'écouter un CD empli de joie. Pas vraiment le second album flamboyant et aguerri qu'on pouvait espérer après un début plus que prometteur, mais très bien quand même... on attend le IV (qui s'intitulera XII ?)... Mention spéciale au packaging hors-normes, qui est doté de lunettes 3D (avec l'oeil rouge et l'autre bleu) et offre des photos (intelligemment pensées pour la vision en relief) des membres avec des infos et questionnaires marrants à l'arrière, le tout lisible en fermant un oeil ou l'autre, tout comme la pochette. Très bel effort artistique, donc, supervisé par Joe là aussi. Tracklist de III : 1. Last Temptation 4:02 Venez donc discuter de cette chronique, sur notre forum ! |
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