Le Black Metal italien semble se porter à merveille, en témoigne ce nouvel opus de
Coil Commemorate Enslave. Formé en 2008 sous la houlette des compères
Tevildo, Consalvo et Brutominore, le groupe a sorti
depuis ses débuts une démo et deux albums. Maxima Moralia Sovraumanità
est donc le dernier bébé des italiens issus de la province de la Basilicate (sud de
l’Italie).
Premier constat, l’opus est court, trente minutes seulement pour
plus de cinquante sur le précédent. Ce basculement aurait été
justifié si le style pratiqué avait changé, mais ce n’est pas le cas.
D’autant que les pistes instrumentales sont elles aussi plus nombreuses. Heureusement,
Maxima Moralia Sovraumanità se rattrape par la qualité de son Metal et de sa
poésie.
« La
noia è come l’aria »
L’entrée en matière
est une piste de deux minutes où une femme entame un monologue en italien. Le sample semble
provenir d’un film du même cru, et l’inspiration est quant à elle
profondément Leopardienne (du poète Giacomo Leopardi).
Le reste de l’album est en effet très mélancolique, de ce qui touche au
néant par l’ennui le plus pur. Musicalement, cela se traduit par un Black
atmosphérique qui s’appui sur une voix typé « dépressif ».
Très beau.
Leopardi est souvent surpassé par ses successeurs
nihilistes que sont Cioran ou Nietzsche. Pourtant, il est l’un
des premiers à aborder ces thématiques. Plonger dans son œuvre, c’est
plonger dans l’âme d’un poète désespéré, où la
réflexion sur l’ennui devient la pensée sublime par excellence. Expérience
d’apparence paradoxale -comme le souligne très justement Pascal
Gabellone-, car en anéantissant toute douleur, elle en produit une nouvelle, plus
intense encore car figée sur le néant.
Coil Commemorate
Enslave traduit avec une très grande justesse ce sentiment, en produisant un album
triste, mais de cette tristesse qui vous porte vers le haut, vous emmène dans les splendeurs de
la pensée absolue. Les italiens se rapprochent alors du dernier Grift, Syner,
dans cette quête d’une musique désespérée et
désespérément belle. Mais avec une violence que n’a pas
Grift, plus intense dans la puissance mais toujours dépressif dans son
chant.
Coil Commemorate Enslave signe un très bon album, aux
âmes ennuyées et torturées, entre gaieté et
mélancolie.
Tracklist de Maxima Moralia
Sovraumanità :
01. Intro 02. Turbine
Tragico 03. Her Dancing Eyes 04. Apologia Dell'Orgia 05.
Il Nulla Senza Tregua
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