C H R O N I Q U E
Si l'Espagne n'évoque pour vous que le folk-métal de Mägo de Oz, il va falloir actualiser vos connaissances car voici un groupe qui mérite assurément votre attention : ces "quatre chats" sont en fait six mais font preuve d'une remarquable unité au moment de distiller leur métal péchu et mélodique à souhait...
Pas plus branché que vous (!) sur le patrimoine Hispanique, je suis allé piocher quelques infos histoire de jouer l'expert : "El sueno de la razon" constitue le troisième album de cette formation principalement issue de Nu (combo lui-même né il y a plus de trente ans...) et marque un tournant stylistique avec la soudaine prédominance d'une forte voix masculine et quelle voix ! Juan Miguel Rodriguez dispose de l'organe qui fait décoller non seulement l'auditrice mais aussi l'auditeur (je savais que vous aviez l'esprit mal placé...). Il faut savoir que les choeurs féminins ne manquent pas dans les compos : le timbre rauque et puissant du front-man vient ainsi les souligner : mise en valeur d'autant plus efficace que la langue s'y prête à merveille !
Mais il n'est pas nécessaire de se pencher sur l'histoire de Cuatro Gatos pour apprécier cet album qui dès les premières notes vous saisit aux tripes : "Manana quiza sea peor" vous fera assurément rentrer dans un univers musical saturé de rythme et de feeling qui vous accompagnera au fil des morceaux (mentions spéciales à "Tu proprio dios" et "Quiero morir") pour... vous abandonner subitement à "Despertar" !
J'ai cru un moment que j'étais de parti-pris, étonné de sentir une telle saturation à la septième plage de l'album mais les écoutes successives n'ont fait que confirmer cette impression : après une entame phénoménale (le mot n'est pas trop fort...), "El sueno de la razon" s'enlise en pêchant par excès de ses qualités initiales : l'omniprésence des chants devient lassante, les riffs repris au synthé s'alourdissent artificiellement et les montées progressives en puissance, marques de fabrique de Cuatro Gatos, suscitent l'ennui...
Comment peut-on à ce point manquer de bon-sens ? Concentrer les points forts en entrée, aiguiser l'appétit et louper le dessert : je reste pour le coup sur ma faim et me resservir du hors d'oeuvre ne m'enlève décidément pas ce mauvais goût d'inachevé...
Dommage !
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