Artiste/Groupe:

Dirty Shirt

CD:

Dirtylicious

Date de sortie:

Avril 2015

Label:

Promusic Production

Style:

Crossover Folkcore Metal

Chroniqueur:

El Piotr

Note:

16/20

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C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on écoute tout nouvel album œuvrant dans le folk, tant le genre peut sembler casse-gueule. Un peu comme le metal symphonique. Vous me suivez ?

Mais aujourd’hui, la chance nous sourit puisque Dirtylicious se laisse écouter avec plaisir, et affiche un folk metal rentre-dedans, sautillant. Nos compères roumains de Dirty Shirt optent pour la partie dansante du folk, et s’y tiennent scrupuleusement, à l’exception de quelques rares instants, plus empreints de solennité. Mais ils ne durent (hélas) pas.

Ce parti pris fait leur force. De la première à la dernière piste, l’album transmet une énergie terrible, propre à se faire mouvoir ce que la Terre comporte de plus statique. Cela tenant avant tout aux rythmes soutenus, à l’aspect sautillant du violon aux interventions pleines de justesse, à la guitare martelant ses riffs infatigablement et, enfin, au chant plein d’entrain. 

Ces parties chantées constituent un des piliers des compositions, et cela du fait, principalement, de leur grande variété. Un même titre peut nous proposer un growl bien profond, un chant clair masculin, ou féminin, des doubles voix, ou bien des parties hurlées ; et ce malgré le format assez condensé des titres qui n’excèdent jamais les quatre minutes trente, pour une moyenne tournant davantage autour des trois minutes trente. Cette diversité est, en elle-même, un atout et le résultat est, pour la grande majorité des parties chantées, une réussite ; avec la mention spéciale attribuée aux doubles voix, bien souvent sublimes (l’introduction de Cobzar en est un exemple plus que frappant). Seul bémol, le chant hurlé peut rebuter de prime abord (j’ai eu du mal à m’y faire, je l’avoue). Il reste cependant cohérent avec ce que propose le groupe, le meilleur exemple étant son utilisation, judicieuse car ponctuelle, sur Dulce-i Vinu, jalonnant de manière brutale le titre.

Les morceaux s’enchaînent rapidement et permettent d’apprécier la variété des instruments impliqués dans les compositions. Croiser, au détour d’une accalmie, une clarinette ou bien assister au contrechant virtuose d’un accordéon participe activement au plaisir éprouvé lors de l’écoute et au caractère imprévisible que revêtent de nombreux titres de l’album. Cette variété est d’autant plus sensible que les morceaux sont courts : il en ressort une impression de densité de fort bon aloi.

Comme souvent lorsqu’un groupe affiche ses inspirations folks, la mélodie est assurée systématiquement par les instruments traditionnels, laissant à la guitare le soin de brutaliser l’ensemble. Cela pourrait être dommageable si le résultat n’était pas efficace. Il s’agit peut-être du deuxième point légèrement rebutant de prime abord, le son des guitares ne leur rendant pas entièrement justice.

     

L’album se définit avant tout par l’énergie dansante qu’il transmet, à l’instar de l’introduction qui annonce sans ambages sur quel terrain le groupe joue. Quelques pistes s’égrènent alors, sans omettre de nous secouer au passage. Puis nous parvient l’introduction de Maramu’, mystérieuse, jurant avec le reste des compositions entendues par l’atmosphère mélancolique qui s’en dégage. Une excitation s’empare de nous, quelle va donc en être le développement ? Survient alors un des plus beaux exemples d’assassinat d’introduction prometteuse. La guitare surgit avec ses airs autoritaires, vire notre intro dont on attendait tant, et s’enfuit dans une cavalcade effrénée. Le titre est bon, mais l’amertume subsiste. L’écoute se poursuit, deux titres défilent, puis les premières notes de Cobzar se font entendre ; enfin la double voix, sublime, s’élève. L’excitation nous re-gagne, mais alors, où nous mène t’on cette fois-ci ? On guette par-dessus notre épaule l’arrivée de la guitare tyrannique, mais l’inquiétude disparaît rapidement avec le développement finalement cohérent de cette introduction dans le reste du morceau : les lignes de guitares se font plus lentes, plus lourdes, les doubles voix persistent et durent, puis l’accordéon se charge de conclure le morceau qui s’avère être en décalage avec les atmosphères créées tout au long de l’album. Et cela est agréable. Résolument agréable.

Dirtylicious nous réjouit donc les esgourdes et saura vous arracher ce mouvement de jambe frénétique propre à insupporter toute personne se trouvant dans votre entourage proche. Le groupe ne joue certes que sur un seul registre, festif, mais il le fait avec talent. N’est-ce pas le principal ?

 

Tracklist de Dirtylicious:

01. Ciocarlia
02. Moneyocracy
03. Mental Csardas
04. Maramu'
05. Balkanique
06. Dulce-i vinu'
07. Cobzar
08. Hotii
09. Dirtylicious
10. My Art
11. Calusarii