BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Au départ, l’équipe des ApdM (c’est-à-dire moi tout seul) à qui fut confiée cette délicieuse galette pensait avoir affaire à un énième album de black Metal italien bien brutal, comme il en existe tant. Vous savez, ces groupes qui racontent les histoires anciennes de leurs terres rugueuses, entre traditions locales, mythes oubliés et légendes rurales. Dans le cas de l’Italie, la matière ne manque pas, ses campagnes regorgent de récits populaires fantastiques.
Eh bien, question désillusion, ce sera encore pour cette fois. Car vous n’aurez pas droit à ces légendes exotiques et ésotériques. À la place, il sera encore question de mort, de souffrance et de guerre. Plus précisément de la Première Guerre mondiale, première grande entreprise industrielle de destruction massive de l’histoire humaine. Celle qui débute avec les derniers élans d’un romantisme militaire presque chevaleresque, où l’on charge encore à cheval contre des mitrailleuses déjà invincibles, avant de s’achever dans l’absurdité sanglante des tranchées. Mais je m’égare dans l’horreur.
Catarsi. C’est ainsi que Duir a baptisé son nouvel album. Un récit de sang et de désespoir peint dans les couleurs sombres et traditionnelles du black Metal, mais dont les racines musicales semblent parfois s’éloigner des terres méditerranéennes pour lorgner vers les forêts d’Europe centrale. On y retrouve un savoureux mélange évoquant Ellende, Weltenbrandt, Waldgeflüster ou encore Sojourner. Un son qui rappelle davantage les brumes austro-bavaroises que les reliefs brûlés de l’arrière-pays italien. Peut être parce que les membres du groupe sont de Vérone, une ville tournée vers les Alpes du nord et sa civilisation bavaroise. Commençons bien vite notre ballade dans cette région splendide.
Sur Impeto, le groupe frappe particulièrement juste avec la participation de LG1 d’Ellende au chant. Aux côtés de Vox d’Umbra, le maître du micro de la formation, il déchaîne une tempête vocale féroce qui nous (moi) a poussés à relancer le morceau plus d’une fois. Un titre particulièrement réussi, parfaitement ancré dans ce black Metal mélodique et mélancolique que les amateurs du genre affectionnent tant.
Mais ce n’est pas tout. Le mastering de Catarsi a été confié à PG2 de Groza. Un nom loin d’être inconnu dans ce milieu musical, lui qui a également travaillé avec Agrypnie, Weltenbrandt ou Harakiri for the Sky. Un détail qui pourrait faire craindre une certaine uniformisation du son. Pourtant, rien de tel ici. Duir conserve sa personnalité. On retrouve le grain rugueux, les éructations rageuses et ces monologues sombres propres au black Metal transalpin, le tout habilement mis en valeur par une production solide. Un mélange particulièrement séduisant qui a su retenir toute l’attention de notre rédaction solitaire.
Et pourtant, tout cela aurait pu paraître bien austère sans l’apport de quelques instruments traditionnels. C’est précisément là que Catarsi révèle une autre facette de son identité. Flûtes, cornemuses, vielle à roue : chacun de ces éléments trouve naturellement sa place au sein des compositions. Leur présence apporte une dimension mystique et presque rituelle à l’ensemble. Une touche folk discrète mais essentielle, qui vient irriguer ces morceaux de noirceur d’une étrange lumière crépusculaire. Un mariage particulièrement réussi entre mélancolie, spiritualité et violence. Les visuels déployés dans les vidéos appuient encore plus cette impression. La preuve qui suit avec ce tonitruant Del Giorno qui démarre piano piano.
Cependant, comme souvent avec les albums de ce registre, le risque de répétition n’est jamais très loin. Catarsi ne fait pas totalement exception à cette règle. Son mixage érige fréquemment un imposant mur du son qui finit parfois par lisser certaines nuances. Les détracteurs du genre y verront la confirmation d’une écriture trop uniforme. Une remarque qui n’est pas totalement infondée, même si, pour ma part, j’ai plutôt trouvé l’ensemble remarquablement aéré, voire parfois étonnamment aérien, pour tout dire franchement séduisant.
Au final, Catarsi tient largement ses promesses. Dès la première écoute, l’équipe réduite à ce pauvre type de Diable Bleu pressentait déjà qu’il se passait quelque chose. Les suivantes n’ont fait que confirmer cette impression. Certes, l’album demeure relativement prévisible dans ses intentions, mais il est suffisamment bien composé pour emporter l’adhésion. Duir nous offre ici une belle dose de black Metal atmosphérique relevée d’une touche folk mystique particulièrement bien dosée. L’équilibre entre brutalité et instruments traditionnels apparaît naturel et maîtrisé, un exercice que peu de groupes parviennent réellement à réussir.
En d’autres termes, Duir signe pour son deuxième opus seulement, un album solide, cohérent et particulièrement agréable à parcourir. Pour franchir un nouveau cap, les cinq artistes devront probablement affirmer davantage leur personnalité et oser s’écarter des chemins déjà tracés par leur influences. En attendant que se soigne ma fichue schizophrénie bien installée, puisque mon équipe ne comptera à jamais qu’un seul membre, je savoure avec plaisir ce désespoir qui éclaire la noirceur de leur black Metal. Et franchement, c’est déjà pas mal.
Tracklist de Catarsi :
01. Manifesto 02. Di nessuno 03. Impeto 04. Della notte 05. Del giorno 06. Oltre l’alba