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le 20 avril 2026.

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Artiste/Groupe:

Einherjer

CD:

Lifeblood

Date de sortie:

Juin 2026

Label:

By Norse Music

Style:

Folk Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16/20

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Un petit village viking résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Non, pas celui des albums calibrés pour les plateformes de streaming. Ni celui des productions aseptisées qui ressemblent à des armées romaines parfaitement alignées sur leurs feuilles Excel. Quelque part entre les fjords de Norvège et les pages cornées d’un album d’Astérix oublié sur une étagère, Einherjer  poursuit son aventure.

Trente-trois ans de carrière. Dix albums. Et toujours cette impression que la marmite contient encore suffisamment de potion magique pour envoyer valser une légion entière et une horde de Barbares en sus.

Au centre du village, le Grand OrdonnaThor a fini par succéder à Abraracourcix le gaulois parti batifoler avec la Déesse Freyja (Celle de la beauté et de la luxure). JeanMich’HellStierna vérifie que les calories et donc les comptes du banquet restent équilibrés. BossBerg chaudement à la retraite, donne tout son temps à l’inspection des palissades, histoire de contrôler pour la millième fois que les Barbares ne pourront plus débouler en trombe (D’où leur nom "Les Rush", cette peuplade du Grand Nord aux manières fines et à la basse forte). CedStorm revient d’une chasse à la baleine dont personne ne comprend vraiment les détails. Vincentatt framföra slampoes "le Slameur" cherche déjà où installer la fosse circulaire pour le prochain banquet, tandis que L-RedRask prépare quelques décoctions destinées à remettre sur pied les victimes de débats musicaux particulièrement violents. Tous deux reviennent d’ailleurs d’une expédition mémorable au grand rassemblement des tribus métalliques de l’Ouest. Ils étaient partis chasser le sanglier. Ils sont revenus avec trois cent cinquante parchemins griffonnés à la hâte, vingt-sept histoires improbables, quelques biches aux regards ensorceleurs et suffisamment de cochons grillés pour nourrir le village jusqu’aux prochaines processions d’Odin. Depuis, ils courent dans tous les sens. Le Grand OrdonnaThor leur a rappelé que les comptes-rendus de chasse devaient être remis aux druides avant le quinzième jour du mois de juillet. Une date qui, curieusement, les fait pâlir davantage qu’une charge de légionnaires romains.

C’est dans cette ambiance parfaitement nominale que débarque Lifeblood. Huit morceaux. Cinquante minutes à la louche de potion. Et pas une seule seconde de remplissage. C’est PhilippeCSon l’ex pêcheur en saumon, reconverti en pêcheur de galettes rares depuis que les températures sudistes sont revenues en dessous de celle des fjords... qui venait de la ramener dans ses filets.

Dès les premiers titres, Einherjer  distribue les baffes avec une générosité toute nordique. Les riffs possèdent cette qualité rare : ils frappent fort sans jamais oublier de raconter quelque chose. Derrière la puissance se cache constamment une sensation d’aventure, de vent salé, de forêts anciennes et de drakkars filant vers des horizons inconnus.

C’est là que réside la force du groupe. Le folk n’est pas un accessoire décoratif accroché sur une armure de Metal. Il est intégré au corps même des compositions. Les mélodies respirent naturellement, les arrangements paraissent évidents, et l’ensemble dégage une spontanéité qui donne parfois l’impression que les morceaux existaient déjà quelque part avant même d’être écrits. Simple et pure, comme une danse baleinière aurait pu rajouter le sage CedStorm. Donc pas d’instruments à la c.n, telle la corne flute taillée dans celle du Bouquetin, pas de fluteau qui rime avec faux, pas de violine qui dégouline ... pas de faux semblant, que de l’authentique !

La première moitié de l’album est probablement la plus immédiatement séduisante et également la plus facile à appréhender. Chaque titre semble inviter l’auditeur à rejoindre le cœur du village. Les refrains s’impriment rapidement sous les casque à cornes et l’énergie générale est communicative. Le titre qui pourrait bien vous accrocher le plus est Gone, avec sa rythmique martelée en saccade, ou ses riffs tonitruants qui dynamisent l’ensemble, à moins qu’il ne s’agisse du solo waouh...

Puis arrive Dei Så Ser. Une halte. Une jolie pause sur un îlot cerné de glaces flottantes. Et entouré du silence, comme lorsque le village s’apaise quelques instants après une journée de bataille.

Avant que tout ne reparte de plus belle. Car la seconde partie de l’album révèle un visage plus mordant. Les riffs deviennent plus métalliques, plus directs, parfois plus agressifs. Le folk recule légèrement mais ne disparaît jamais totalement. Il reste là, dans les mélodies, dans les atmosphères et dans cette identité immédiatement reconnaissable qui empêche Einherjer de ressembler à qui que ce soit d’autre. Je vous recommande tout particulièrement Arr For Arr, l’épée la mieux forgée de l’armurerie lors de cette deuxième partie virtuelle.

Le résultat est remarquablement équilibré. D’un côté, une première moitié tournée vers l’aventure et le voyage. De l’autre, une fin d’album plus guerrière et plus tranchante. Deux approches différentes, comme si deux groupes différents avaient collaboré sur le même effort.

C’est probablement ce qui impressionne le plus sur Lifeblood. Après plus de trois décennies d’existence, Einherjer compose toujours avec la même exigence sereine. Chaque morceau semble avoir été pensé, construit et affûté avec soin. Rien ne paraît superflu. Rien ne ressemble à du remplissage destiné à gonfler artificiellement la durée de l’album. Satisfecit appuyé aux envolées guitaristiques des solis ou aux parties acoustiques très cristallines.

Lorsque les dernières notes résonnent, les légions romaines et les Rush sont reparties, les casques des vaincus flottent dans le fjord et le banquet peut enfin commencer. Au bout de la table, le Grand OrdonnaThor lève sa corne d’hydromel à la mémoire de quelques Dieux Metalliques oubliés de tous, et dont les anciens avaient déposés les statues sépulcrales dans le vieux cimetière Odin du Hellfest. « Tout de bon. Que du bon. ».

Pour une fois, personne n’osa le contredire. Même pas le Barde Diable Bleu à Grande Bouche qui se garda bien de l’ouvrir cette fois-ci. Il faut dire qu’après avoir expliqué pendant trois heures que le folk Metal était mort depuis la venue de Jésus, quelqu’un avait fini par lui faire essayer un casque barbare à simple corne comme coussin. L’expérience s’était révélée douloureuse mais riche d’enseignements pour cette Grande Bouche toujours trop ouverte. Il avait bien vite filé, boitant bas, casque romain encore bien ancré dans son séant ...

Tracklist de Lifeblood :

01. Bloodborn
02. At The Threshold
03. Gone
04. Malstrøm
05. Dei Så Ser
06. Arr For Arr
07. Saltworn Runes
08. The Eternal North

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