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ENTER SHIKARI
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C H R O N I Q U EMaintenant que je suis un métalleux digne de ce nom, et fier de l'être, je repense avec un large sourire aux années qui ont précédé ma métamorphose en chevelu tatoué piercé vétu de cuir et clous et de tee-shirts à l'effigie de mes groupes préférés. Et si ce passé a pu contribuer à m'amener au métal, pourquoi en aurais je honte ? Il m'est arrivé en effet d'écouter de la house/dance/rave music au walkman dans la cour du collège (ouais je sais...), et a posteriori je me suis souvent dit que ça pourrait être marrant de faire une cover metal de titres comme "Mr Vain" ou "No limits", à la limite rien que pour le délire... Mais les années ont passé, les albums se sont enchainés sur ma platine, et le dernier, ce "Take to the skies" d'Enter Shikari, m'a apporté un nouvel éclairage sur tout ceci Pour commencer, l'album se compose de 17 titres dont 6 sont en fait des "interludes" d'une à deux minutes chacun, la plupart mélant ambient et synthés house. C'est d'ailleurs ainsi que débute l'album. Le premier (vrai) morceau qui suit, "Mothership", démarre sur un theme au synthé qui va nous suivre jusqu'à la fin (avec quelques effets genre flanger... par ci par là). Au moment où la guitare plaque son premier accord et où la batterie éclate en même temps puis que le hurlement du chanteur se fait entendre, on se prend à espérer car c'est assez bon. Le morceau continue sur un riff de guitare bien heavy...jusqu'ici tout va bien. Après un premier effet de flanger sur le synthé le rythme s'emballe, ça matraque - ok cool - le chanteur se "dédouble" avec une voix claire - pas mortelle genre j'ai 16 ans mais bon admettons - le rythme varie entre le mid tempo et le speed et ça se passe plutôt bien avec des bons riffs entrainants. Et là c'est le drame, à 2 min une rythme popesque... Heureusement les choses reviennent à la "normale" et le morceau se termine à peu près bien. A ce moment, je me vois dans l'obligation de prévenir notre jeune public que ce qui va suivre n'est pas très beau à voir. Mieux vaut partir maintenant en gardant le souvenir d'un groupe atypique sachant mêler les genres. En effet, Enter Shikari ne fait que délayer son propos (mon prof de français au lycée me demandait de développer et non de délayer mes propos dans mes dissert's, souvenez vous), "Mothership" n'est fait qu'un très bon concentré au regard du reste de l'album qui ne fait qu'alterner entre pop, neo, new wave, heavy, rave, ambient sans jamais vraiment affoler l'auditeur et surtout arriver à un mélange digeste de toutes ces inspirations. A la limite, le résultat aurait été meilleur en supprimant l'influence house et les voix claires ou même en supprimant les voix "death", en reduisant la distorsion des guitares et quelques tempos. Bref, continuons... Sur "Anything can happen in the next half hour", les voix claires prennent le pas sur le reste et le côté house se fait plus discret. Ici, on alterne à présent entre le heavy et le calme. Dans certains riffs, on pourrait entrevoir une influence darktranquillitiesque mais la comparaison s'arrête là, même si Dark Tranquillity utilise des sonorités électroniques, Enter Shikari en serait loin rien que par la vulgarité de ces synthés. Avec ce titre, Enter Shikari est loin de se douter que ce qui peut arriver dans la prochaine demi-heure c'est qu'on jette son disque par la fenêtre. On enchaine sur un interlude aussi dépourvu de métal qu'inutile (bah si... cherchez la transition)... En tout cas, bienvenue dans la BO de Trainspotting on dirait du Underworld... C'est "Labyrinth" qui s'enchaine sur un rythme mid-tempo et au thème de synthé reconnaissable (pitié qu'il ne soit pas mémorisable...). Car il faut bien parler métal, ce morceau c'est la rencontre entre Anathema, Europe (pour le synthé) et As I Lay Dying... "No Sssweet" prend le relai dans un style punkisant garni d'un clavier du "meilleur" goût et d'une voix claire plus nunuche que jamais... "Enter Shikari" parait un peu plus "burné" à l'écoute de l'intro dont les sonorités de guitare rappelant Machine Head. La comparaison s'arrête là pour l'instant, le groupe passant à un rythme de batterie un peu trop soutenu pour les guitares manquant de punch (erreur que n'aurait pas commis Machine Head). Après un passage où le chanteur essait vaguement de se la jouer Caruso en montant péniblement dans sa gamme, on revient aux sonorités de Machine Head. Sur "Today won't go down in history", Enter Shikari cède à l'appel des radios et des adolescentes prépubères qui veulent aiguiser leurs appareils dentaires dans les coins sombres de la cave des parents pendant les booms avec une ballade langoureuse. Attention, pas n'importe quelle ballade, ça commence très calme et puis ça prend un peu d'ampleur avec les claviers de "The show must go on" ...Imparable non? Un interlude plus tard, c'est au tour de "Return to Energiser" et j'avoue que les mots me manquent pour décrire ce morceau... Je m'en excuse d'ailleurs mais ça part tellement dans tous les sens (intro méchante, refrain en choeur, voix claire, voix eraillée, synthé rave, passage "épique" à plusieurs voix, guitare sèche) que je m'y perds... Encore un interlude qui n'a cette fois pour seule vocation que de nous montrer qu'Enter Shikari sait se servir d'un séquencer pour faire de l'ambient... S'ils savaient jouer de la basse comme lui, on aurait preque pu croire à du Squarepusher. Passons à "Sorry you're not a winner" (encore un titre bien trouvé...) ou "comment ne pas capitaliser sur un riff de guitare plutôt potable". En effet, le riff de guitare en intro aurait pu être mieux utilisé et surtout mieux accompagné... Le reste du morceau oscille du pop-rock à voix claire (toujours submergé de synthé gluant) et du neo/hardcore à voix claire et/ou eraillée (toujours submergé de synthé gluant). Cette fois encore l'interlude se remarque car on verrait presque une transition avec le morceau qui suit "Jonny sniper". Ce dernier jouit d'un synthé bien...bien naze (genre on prend Jump de Van Halen et on retire le talent des musiciens, l'inspiration du morceau, il reste que le son bien pourri du clavier ) mais qui colle bien avec la soupe du morceau. Un morceau bien gentillet où les voix éraillées et les guitares surgonflées ne veulent rien dire... On continue avec Adieu, et pour continuer avec les comparaisons douteuses, on pourrait dire que ce morceau est comme "More than words" d'Extreme (en tout cas les 3:30 premières minutes), un guitare sèche et des voix, pour les 2:10 minutes restantes, le thème est repris à grand renfort de batterie, guitare saturée et synthé gluant. Objectivement, le problème c'est qu'après les 16 titres qui viennent de passer, on a du mal à apprécier...C'est d'ailleurs dommage parce que la mélodie est accessible pour une fois. "OK, time for plan B" s'illustre par son influence un peu new wave au milieu du neo/hardcore habituel et aussi par sa fin qui a l'avantage d'être du pur heavy (sans clavier superflu). On termine l'album pour une outro dont le début mêle heavy et synthés pour laisser la place finalement aux synthés seuls... Niveau mix/production, c'est plutôt pas mal, on distingue bien les instruments et chacun a du punch (surtout les guitares). Par contre, le problème se situe ailleurs. Déjà, au niveau du chant, la voix claire fait tellement adolescente que c'en est ridicule...Quant a la voix "death" elle est assez inégale... Au niveau technique, force est de constater qu'il n'y a pas grand chose...Les quelques riffs intéressants sont mal utilisés... Enfin, la cerise sur le gateau, Enter Shikari manque d'originalité (même en retirant les synthés nazes), la plupart des plans sont très inspirés d'autres groupes d'origine diverse et surtout on accroche pas une minute, les changements de style sont tellement abruptes que ça rend la musique inaccessible. Bref, sur ce coup là je crois qu'il y a eu erreur de casting, Enter Shikari n'est pas vraiment aux portes du métal, même pas à la barrière du métal ou même à l'entrée du lotissement du métal... Partis comme ça, ils seraient plus aux portes de mulle part... J'ai fait une brève recherche bibliographique. Tout d'bord, il se trouve qu'Enter Shikari s'est fait connaître grâce à Myspace.com, comme quoi même l'informaticien que je suis (bah oui ta mère t'a jamais dit que pigiste pour un webzine métal c'était pas un métier?!!) peut dire qu'Internet, des fois, ça n'apporte pas que des bonnes choses ! Ceci dit, ce genre de groupe peut donner espoir aux vrais groupes qui cherchent à percer en mettant leurs bonnes compos sur ce site. Ensuite, il semblerait que ce groupe soit en ce moment un "phénomène" dixit ados.fr (c'est dire le niveau) ou encore dixit le journal Libération (qui s'y connait !?) qui le compare à Faith No More dans les années 90 (si c'est pas malheureux d'aller salir un groupe comme FNM) et qui dit, je cite, "l'attaque sonique stimulante d'Enter Shikari devrait enchanter tous ceux qui ont grandi en évoluant dans les raves et/ou les "mosh-pits". Espérons juste que le "phénomène" s'arrête de lui même avant de toucher les ondes françaises parce que se cogner cette daube du soir au matin ça me gaverait sévère. Finalement, je ne regrette pas d'avoir tardé pour rendre ma chronique (désolé encore chef), c'est une pub de moins pour eux. Enfin, dixit leur site, Enter Shikari a commencé sa carrière en faisant du punk hardcore sans aide de la presse ni de quelconque agent. Il faut croire que leur agent et peut-être l'appat du gain les ont poussé à élargir leur spectre pour toucher le plus grand nombre. Je comprends un peu mieux la raison de ce côté ni queue ni tête de leur musique bouffant tous les rateliers... Encore une fois c'est la musique qui trinque parce qu'à force d'aller à droite à gauche, chez Enter Shikari, s'ils savent pas où ils ont mal, ben celui qui va acheter ce disque, moi je sais où il va avoir mal... | ||||||||||||||