BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Evergreyne s’arrête jamais. Contre vents et tempêtes, il avance... les décennies passent, certains membres vont et viennent (il y a eu un changement de batteur après le dernier album et c’est maintenant le guitariste Henrik Danhage qui a quitté le navire) mais Tom Englund, leader incontesté de cette formation suédoise, continue de mener sa barque et, accompagné du fidèle Rikard Zander (claviers), du bassiste Johan Niemann (présent depuis une quinzaine d’années), de Simen Sandnes (cogneur impressionnant que nous connaissons depuis la tournée précédente) et du fraichement recruté Stephen Platt (guitare), il nous présente le quinzième album de son groupe (le premier étant sorti en 1998), deux ans après un Theories Of Emptiness plutôt réussi à défaut d’être bouleversant (avis personnel).
Le nouvel opus s’appelle Architects Of A New Weave et semble donc - si l’on accorde un minimum d’attention à son titre - annoncer un certain renouveau. Cette promesse est à relativiser : Evergrey ne se réinvente pas vraiment ici mais on lui accordera quelques tentatives d’évolution louables (même si, sur cinquante-trois minutes de musique, celles-ci ne sont pas majoritaires). Je passe vite sur l’intro Welcome To The Pattern, une narration posée sur une atmosphère sombre - le genre de piste que je ne réécouterai pas vraiment - pour découvrir The Shadow Self et la chanson titre, deux morceaux entraînants, rythmés, avec de grosses mélodies entêtantes qui confirment bien l’orientation plus catchy / immédiate empruntée par les Suédois depuis un moment. Architects Of A New Weave possède un refrain chorale fédérateur et facile à mémoriser (qui me semble un peu répétitif). On retrouve donc le metal mélancolique d’Evergrey posé sur une trame puissante (avec de gros riffs et une section rythmique solide), maîtrisé mais sans grande surprise ni émotion (en ce qui me concerne) pour le moment. On perçoit cependant une touche plus lumineuse qui ne va pas tarder à se confirmer un peu plus tard... j’y reviens vite. Mais d’abord, premier morceau qui m’emporte, le quatrième dans la tracklist : The World Is On Fire ! Là, l’ambiance me prend et m’emmène, la lourdeur du riff, cette batterie... mais surtout le chant de Tom avec une ligne mélodique qui me tourmente et reste dans ma tête des jours durant. Le refrain est de toute beauté, je suis ému comme quand Englund chante dans Silent Skies (son projet avec le claviériste Vikram Shankar). Ayé, je suis convaincu et prêt pour la suite.
Je vous parlais d’un aspect plus lumineux il y a quelques lignes... Cette impression va se concrétiser de façon plus flagrante avec Heaven, un titre enlevé, dynamique avec des claviers dominants et un refrain... pas joyeux, non, le groupe garde une certaine noirceur, mais tout de même plus léger. La vraie surprise tombera plus tard avec Leaving The Emptiness, une compo étonnamment "feel good" pour du Evergrey ! Les arrangements, la mélodie du refrain, les chœurs... on sent que les Suédois ont embrassé le côté pop de la force ! Certains crieront peut-être à la trahison, pour ma part, j’adhère. C’est très bien fait et entraînant (le solo de guitare est bien habile également) ! Et ça a le mérite de changer un peu. Retour à la mélancolie avec Longing, belle compo, plus calme, aux mélodies pénétrantes encore une fois. A Burning Flame me fait penser à du Cemetery Skyline avec son allure hard/goth/rock indéniable... et pour cause, Mikael Stanne est justement invité sur le morceau (je trouve cependant que sa voix ne ressort pas assez, c’est frustrant mais le titre porte tout de même sa patte). Le savoir-faire mélodique du groupe se retrouve sur les pistes suivantes (Call Off Your Lions et The Prophecy lentes et émouvantes ou Chains Of Shame plus remuante) et l’album offre une variété de tempos appréciable.
Des bémols ? Oui, tout de même. J’aime l’album dans l’ensemble, je le trouve assez inspiré, solide et bardé de mélodies accrocheuses. Il porte l’identité de ses géniteurs et mélange plutôt habilement l’ancien et le nouveau (avec quelques touches prog, arrangements modernes et détours plus "pop" réussis). Cependant, je ne suis pas toujours fan de la production parfois un peu brouillonne, ni d’effets trop appuyés (les claviers sont à quelques occasions légèrement envahissants à mon goût, la voix parfois trafiquée... souvent ça passe, à certains moments, je trouve ça "trop"). Il y a aussi une poignée de titres qui ne me séduisent pas plus que ça (ou qui sonnent peut-être trop "familiers", le groupe pouvant se répéter, ce qui est assez classique quand on en arrive à l’album numéro quinze). Il m’est aussi arrivé de me dire que les ambiances, claviers et le chant dominaient occasionnellement le tout... au détriment des guitares, pourtant présentes mais dont les riffs ont été plus forts par le passé. Quand on aime, on est exigeant... et j’aime Evergrey. Beaucoup. Alors oui, peut-être que je chipote, que je deviens plus difficile à séduire. En tout cas, Architects Of A New Weave, même s’il n’est pas fondamentalement révolutionnaire ou parfait, reste un bon cru qui compte de nombreuses qualités et quelques titres réellement mémorables (The World Is On Fire, Leaving The Emptiness, Longing...), on y retrouve les compétences habituelles du groupe et un savoir-faire qui fonctionne encore. Bonne nouvelle pour conclure : Evergrey passera à Paris (au Petit Bain) le 7 décembre prochain. Le rendez-vous est pris.
Tracklist de Architects Of A New Weave :
01. Welcome To The Pattern 02. The Shadow Self 03. Architects Of A New Weave 04. The World Is On Fire 05. Heaven 06. The Script 07. Leaving The Emptiness 08. Longing 09. A Burning Flame 10. Call Off Your Lions 11. Chains Of Shame 12. The Prophecy