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le 20 avril 2026.

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Artiste/Groupe:

Finsterforst

CD:

Still

Date de sortie:

Juillet 2026

Label:

AOP Records

Style:

Black Metal teinté de Folk

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

19/20

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Le Grand Ordonnateur fan absolu du Streaming Instantané l’a pourtant répété mille fois dans sa circulaire n°666-3B relative aux usages modernes de la musique : aucun morceau ne devrait dépasser trois minutes trente. Au-delà, l’auditeur contemporain risque au mieux la dispersion mentale et au pire la fracture neuronale. À quatre minutes, il interroge les résultats du championnat de curling mixte du Haut-Tyrol. À cinq, il nourrit le chat, répond à trois messages, commande une coque de téléphone et visionne une vidéo expliquant comment optimiser son temps libre.. À six, il s’inscrit sur un site de rencontre pour la gent Metal.

Les statistiques sont formelles : l’être humain moyen de 2026 dispose désormais d’une capacité de concentration équivalente à celle d’un écureuil sous caféine poursuivi par un drone. Dans ce contexte, publier un album de soixante-dix-huit minutes relève soit de l’inconscience manifeste, soit d’une forme particulièrement raffinée de dissidence culturelle.

Pendant que l’industrie musicale compacte ses productions pour satisfaire les algorithmes, les allemands de Finsterforst s’évertuent à bâtir des monuments là où d’autres assemblent des préfabriqués. Ils composent des morceaux qui prennent leur temps, développent leurs thèmes, installent leurs climats et refusent obstinément de courir après l’attention du passant numérique.

Comme un sentier de montagne dont personne n’aurait eu l’idée saugrenue de supprimer les lacets pour gagner trois minutes. Comme une vieille forêt où chaque détour révèle un nouveau paysage. Comme un roman que l’on achève juste pour voyager plutôt que pour atteindre la dernière page. Still s’explore. Une conception presque subversive de la musique à l’heure où certains consommateurs considèrent déjà qu’un solo de guitare constitue une prise d’otage.

C’est donc avec une certaine satisfaction que nous signalons aux autorités compétentes que Finsterforst vient de récidiver avec Still, un sixième album aussi long, ambitieux et majestueux qu’une randonnée alpine décidée par un cartographe sous hydromel.

Depuis plus de vingt ans, Finsterforst trace son propre sentier à travers les forêts épaisses du folk et du black Metal. Là où beaucoup se contentent d’empiler les influences, les Allemands ont progressivement bâti leur propre territoire musical, ce fameux « Black Forest Metal » dont ils demeurent aujourd’hui les seuls gardiens bénis des dieux. Une terre où les assauts du black Metal côtoient les envolées folk, où l’acoustique dialogue avec la tempête, où les compositions prennent volontiers des dimensions que la plupart des groupes n’osent même pas envisager.

Trois ans après leur dernier opus et sept ans après leur précédent véritable album studio, Finsterforst revient avec Still, sixième chapitre d’une aventure musicale qui refuse obstinément toutes notions de facilité et de simplification. Avec ses soixante-dix-huit minutes réparties sur neuf titres, l’album pourrait intimider de prime abord. Pourtant, cette durée n’a rien d’un exercice de démonstration reloue. Elle sert la vision, l’univers de la formation, celle d’une musique qui prend le temps de respirer, de dessiner ses paysages et d’y installer lentement ses climats.

Dès les premières minutes, Finsterforst déploie ce qui fait sa singularité. Les riffs hérités du black Metal s’entrelacent avec des passages acoustiques et folk d’une grande richesse atmosphérique. Les transitions sont parfois abruptes, presque théâtrales, mais elles participent pleinement à cette dynamique de tension et de relâchement qui constitue l’ossature de l’album. Ici, les moments de violence ne cherchent pas à écraser les respirations mélodiques ; ils les mettent en valeur. Chaque accalmie semble préparer à la tempête suivante.

La section rythmique joue un rôle essentiel dans cet équilibre délicat. La batterie, et quel batteur ce Cornelius Heck, soutient les passages les plus agressifs avec une efficacité redoutable avant d’accompagner les ralentissements plus contemplatifs sans jamais rompre le fil du récit. Cette capacité à faire cohabiter puissance et respiration constitue l’une des grandes réussites de Still. Quant aux claviers, orchestrations et arrangements folk, ils ne se contentent pas d’habiller les morceaux. Ils leur confèrent une ampleur cinématographique qui participe largement au sentiment d’immersion.

Le chant s’inscrit dans cette même logique de contraste. Les vociférations rugueuses répondent à des lignes claires plus mélodiques, créant une alternance permanente entre rudesse et émotion. Sans révolutionner la formule développée par le groupe au fil des années, cette dualité vocale renforce considérablement la dimension narrative des compositions. La prestation de Sieur Oliver Berlin touche les étoiles.

Car c’est bien là que réside la force de Finsterforst. Plus qu’une simple addition d’éléments folk et extrêmes, Still fonctionne comme une succession de tableaux. Chaque morceau ouvre une nouvelle perspective sur cet univers forestier et mélancolique que le groupe cultive avec une remarquable constance. Même lorsque les structures reposent davantage sur des jeux de contrastes que sur de véritables métamorphoses stylistiques, l’ensemble conserve une cohérence impressionnante.

Cette ambition atteint son sommet avec les longues compositions qui jalonnent l’album, notamment l’imposante Leere. Véritable voyage à travers les différentes facettes du groupe, elle rappelle que Finsterforst demeure l’un des rares acteurs de la scène à maîtriser l’art des formats étendus sans sombrer dans l’autosatisfaction progressive ou la démonstration gratuite. Chaque détour semble répondre à une nécessité musicale. La plus importante évolution du groupe concerne un instrument particulier, maintenant l’accordéon a presque disparu sur cette galette. Il apparait sur Obduktion, encore un peu après le "Musik" de Leere et puis pataflo, disparait pour toujours. Déjà, sur scène à Zurick, l’effet était saisissant, la bête à soufflets avait été remplacée par le clavier. Comme un manque donc, alors que l’accordéon représente l’instrument qui devrait être le truc le plus répulsif pour mes oreilles sensibles. Les fans regrettent, moi pas...

Certes, tout n’est pas absolument parfait, juste parce qu’il faut garder en toute occasion un esprit critique, histoire de donner la fausse impression de survoler la masse. La production, énorme et plus fine que lors des précédentes galettes, privilégie quelques fois encore la puissance au détriment de certains détails, notamment lorsque orchestrations, voix et guitares se disputent simultanément l’espace sonore. Quelques passages gagneraient peut-être à offrir davantage de lisibilité. Mais ces réserves demeurent marginales face à l’ampleur de l’œuvre proposée. Chapeau bas à Sieur Simon Schillinger, pour sa performance magistrale aux guitares ... et si votre mou navigue encore entre un rictus péremptoire et une crispation condescendante, écoutez plutôt cette reprise du monument musical des Pink Floyd, Another Brick in the Wall Pt. II. L’interprétation revisitée et si proche de l’originale, défonce tout jusqu’au solo final ... Monumentalement puissant et un hommage XXL aux maitres de la musique Prog, aux maitres tout court.

Au final, Still apparaît comme l’aboutissement naturel du chemin emprunté par Finsterforst depuis des années. Pour accentuer son identité, le groupe affine encore son langage et démontre une fois de plus sa capacité à créer des œuvres qui dépassent largement le cadre du folk ou du black Metal traditionnel. On notera également une diversité d’arrangements, de sons et de rythmes, qui subliment l’ensemble de la galette, qui la rendent si accessible et propice aux relectures...

Qu’importe finalement votre programme : contempler les étoiles filantes par une nuit d’août, avaler en vélo les lacets d’un col alpin, regarder l’horizon se dissoudre dans un coucher de soleil ou simplement fermer les yeux pour laisser vagabonder l’esprit. Finsterforst possède cette rare faculté de fournir la bande-son propice à votre évasion. Monumental sans être prétentieux, ambitieux sans être indigeste, Still s’impose comme l’un des grands voyages musicaux de cette année et confirme que les Allemands continuent d’occuper une place à part dans l’underground européen, et une place injustement insignifiante dans l’univers du Metal.
Une fois encore, la Forêt Noire a parlé. Et son écho résonnera longtemps après la dernière note.

Reste alors une question. Comment un groupe capable d’accoucher d’œuvres de cette ampleur peut-il encore évoluer dans une relative confidentialité alors que tant de productions interchangeables remplissent les playlists, les affiches et parfois même les grosses salles ?
La réponse appartient sans doute aux mêmes lois mystérieuses qui conduisent des milliers de touristes à faire la queue devant le même point de vue instagrammé pendant qu’à quelques kilomètres sommeillent des paysages infiniment plus saisissants, et isolés.

Finsterforst n’est peut-être pas là où il devrait être sur l’échiquier du Metal moderne. Mais après l’écoute de Still, c’est moins le groupe qui paraît sous-évalué que le système chargé de distribuer la lumière.

Tracklist de Still :
01. Obduktion
02. Herbstwanderung
03. Knie nieder
04. Im Wind
05. Stille Nacht
06. Fels
07. Leere     
08. Beyond the North Waves (Immortal cover)
09. Another Brick in the Wall Pt. II (Pink Floyd cover)

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