Flotsam And Jetsam est un vétéran de
la scène thrash américaine. Trente-cinq ans que le culte Doomsday For The Deceiver, premier méfait
d’une discographie fournie (quatorze albums studio), est paru, ce n’est pas rien (en fait,
le groupe existe depuis 1981 mais sous d’autres patronymes... techniquement, on est sur du
quarante ans d’existence là). Après des débuts qui placèrent le combo
bien en vue pour faire partie des grands représentants du style (oui, No Place For Disgrace est loin d’être un album
anodin), le gang peina à "transformer" l’essai et trouva vite sa place dans la
catégorie des seconds (voire troisièmes) couteaux. On peut blâmer des albums de
qualité moindre, certes, mais aussi la décennie des 90s qui ne récompensa pas
équitablement toutes les formations œuvrant dans un style traditionnel en train de passer
de mode (beaucoup n’en ressortirent pas indemnes). Mais Flotsam n’a jamais
jeté l’éponge. Et sa discographie, même si elle ne se montre pas
forcément à la hauteur de ses excellents débuts n’est pas honteuse ou
inintéressante. Les fans prétendront même que ces messieurs sont sous-estimés
et n’ont jamais sorti un mauvais album. Chacun son avis. Pour d’autres (dont votre
serviteur), il est en tout cas clair, qu’à l’instar d’autres thrashers en
provenances des USA (comme Death Angel, pour ne pas les citer), Flotsam And
Jetsam connaît un petit regain de peps et de qualité depuis quelques
années. Depuis 2016, pour être plus précis, le groupe fait davantage parler de lui.
L’album sans titre sorti cette année-là nous
mit la puce à l’oreille. Le suivant, The End Of Chaos, confirma la très bonne forme du
quintet en se montrant un cran au-dessus de son prédécesseur. Et aujourd’hui,
Blood In The Water s’en vient très joliment illustrer l’expression "jamais
deux sans trois" !
On le voit rien qu’au titre de l’album et à sa pochette, le groupe veut en
découdre. Flotzilla, fidèle mascotte, a les crocs et se dirige vers vous... ça va
saigner (dans l’eau) ! Et pour bien faire passer le message dès le début, ces
messieurs vous offrent un bon condensé de poutrage (qu’on rebaptisera "pouthrash" pour
l’occasion) sur la première partie du disque. Ce ne sont pas deux, ni trois mais quatre
pistes rapides et rentre-dedans - mais toujours mélodiques (c’est du
Flotsam, pas du thrash "bourrinobrutal") - d’affilée que les
Américains vous offrent en ouverture de ce Blood In The Water ! Avec un beau son
puissant et moderne (merci Jacob Hansen au mixage et mastering), un Eric AK
Knutson toujours en forme (Flotsam est l’un des rares groupes de
thrash à compter dans ses rangs un "vrai" chanteur... et pas n’importe lequel), un
Ken Mary qui défonce sa batterie d’entrée de jeu (belles attaques
de double grosse caisse et tempo endiablé dès la chanson titre), des riffs costauds et
inspirés (sans oublier les leads mélodiques ou solos habiles) servis par la paire
Michael Gilbert / Steve Conley... Tout y est ! C’est
rapide, efficace, mélodique... les refrains sont épiques et instantanément
mémorables. Après la chanson titre, on se dit que l’intensité va
forcément baisser mais non, Burn The Sky prolonge la très bonne impression,
Brace For Impact (très classic thrash) enfonce le clou et A Place To Die,
au galop Maidenien et refrain dramatique aux guitares
presque néo-classiques, nous achève en beauté. Aucun titre ne dépasse les
quatre minutes trente, c’est concis et compact. Quel démarrage !
Après un tel début, il faut amener un peu de
variété et varier les tempos, histoire de ne pas lasser l’auditoire. C’est
exactement ce que fait le groupe avec son deuxième tiers d’album introduit par
Walls, un morceau bien plus heavy mélodique que thrash fonçant tête
baissée. La compo est accrocheuse, notamment grâce à un très bon refrain,
toujours brillamment interprété par Knutson. Elle ferait un beau single.
Dans ce milieu d’album, on trouve également Cry For The Dead qui donne dans un
registre plus "power ballad" avec un refrain costaud et des claviers qui contribuent à une
ambiance dramatique bienvenue. Wicked Hour fait dans le power thrash moderne et son riff
d’intro (tout comme son ambiance générale) évoque davantage un Nevermorequ’un groupe de thrash des 80s. Et l’on
constatera encore à quel point Ken Mary est un excellent batteur.
Retour au thrash véloce qui décoiffe avec le troisième
tiers de Blood In The Water. Dragon lance les hostilités avec du riffing et de
la batterie propres au headbanging... et 7 Seconds atomise tout sur son passage (avec un
riffing thrash très 80s, un tempo effréné et son refrain "seven seconds til the end
of the world !" qui donne bien le ton), offrant à l’opus la conclusion épique
qu’il lui fallait. Entre ces deux speederies, pas le temps de faire la sieste car
Reagression ne fait pas dans la berceuse non plus et Undone interpelle de par son riff
plus technique et original (et un couplet aux relents Megadethiens).
Verdict : des trois derniers albums proposés par Flotsam And
Jetsam, ce Blood In The Water est, à mon sens, le plus convaincant. Il
reprend les bons ingrédients de ses deux prédécesseurs, laisse l’anecdotique
de côté et propose une brochette de compos qui ont tout ce qu’il faut là
où il faut. Riffs acérés, chant puissant, mélodies qui marquent,
maîtrise instrumentale, des solos de toute beauté, son qui claque... vous pouvez cocher
toutes les cases (sauf celle de la grosse surprise ou de l’originalité mais bon, on parle
du quatorzième opus d’un groupe de thrash à la carrière de presque quarante
ans, il faut être raisonnable dans ses attentes). Ces vétérans font donc ce
qu’on attend d’eux et ils le font très bien, avec une fougue qui fait plaisir et
intime le respect. Et s’il s’agissait tout simplement du meilleur disque que ces
Américains aient sorti depuis No Place For Disgrace ? C’est mon avis.
Tracklist de Blood In The Water :
01. Blood In The Water 02. Burn The Sky 03. Brace For
Impact 04. A Place To Die 05. Walls 06. Cry For The Dead 07. Wicked
Hour 08. Too Many Lives 09. Dragon 10. Reagression 11. Undone 12. 7
Seconds