F R O S T

Artiste/Groupe

Frost

Album

Milliontown

Date de sortie

21/07/2006

Style

Métal progressif pas très bien défini

Chroniqueur

Hervé B

Note

65/100

Site officiel

http://www.frost-music.com/

C H R O N I Q U E

Frost est un tout nouveau groupe ou plutôt projet je devrais dire. Il est l'oeuvre de Jem Godfrey qui officiait jusqu'à maintenant en coulisse. Ce monsieur a notament composé des tubes pop pour Atomic Kitten. Ayant l'envie de passer de l'autre côté du rideau en composant du progressif qu'il qualifie de "Ferrari du Rock", il s'est entouré de musiciens de groupes de prog dont la réputation n'est plus à faire (Arena et IQ) après avoir écouté une quarantaine de CDs de prog sortis ces dernières années. Un super songwriter, de super musiciens, on est en droit à s'attendre au meilleur !

L'album commence par ce qui est pour moi son meilleur titre : "Hyperventilate". Il s'agit d'un instrumental de 7 minutes 30 où l'on ne s'ennuie pas une seule seconde. Après une magnifique intro au piano, qui m'a fait penser au génial Keith Jarrett, le morceau démarre véritablement avec une entrée conjuguée des guitare, clavier, basse et batterie de toute beauté. Des changements de rythme toutes les 30 secondes, des interludes au piano, des solos dans tous les sens. On se croit revenu à l'époque d'un Ytse Jam de Dream Theater. D'ailleurs cette allusion n'est pas innocente... Les breaks et les mélodies sont vraiment bien sentis. Le son oscille entre du Métal prog moderne et du rock prog à l'ancienne. Vraiment un excellent morceau.

La suite est moins élogieuse. Il faut dire qu'après un tel titre, on attend du grandiose ou tout du moins du très bon. Or le morceau suivant "No me no you" surprend à plusieurs endroits : au niveau du style tout d'abord, on n'est plus dans le progressif tel que défini auparavant. Au niveau du chant également, qui alterne une voix avec effet (qui choque) et une voix moins trafiquée avec emphase sur le refrain. Le rythme est bon mais j'avoue que l'on se sent un peu perdu. Le passage central et même les choeurs du refrain font immédiatement penser à Spock's Beard, époque Neal Morse.

"Snowman" est un titre court, essentiellement basé sur des sons simples de piano et de clavier. Mélancolique et noir, ce morceau puise indéniablement du côté de l'ex clavier de Dream Theater, Kevin Moore. D'ailleurs, on pourrait croire à un morceau d'OSI particulièrement mou.

Les choses se gâtent vraiment avec "The other me". Ce titre n'a rien de progressif. C'est un titre dans la lignée de Slang des Def Leppard. Un pseudo gros son, des effets dans tous les sens, une voix avec laquelle j'ai définitivement du mal. Monsieur Godfrey aurait mieux fait d'inviter un chanteur plutôt que de jouer à trafiquer la sienne dans tous les sens. A ce moment de l'album, on a peine à croire que les titres précédents étaient joués par le même groupe.

"Black light machine" nous déverse une pop rock aseptisée, certes longue, certes avec quelques (trop rares) bons passages, notament la partie finale, mais l'ensemble n'est pas très inspiré. Pas le genre de titre qui nous donne envie de réécouter la galette. Neal Morse semble être une influence majeure du copositeur.

Enfin arrive le titre phare, le titre éponyme de l'album, morceau fleuve de plus de 26 minutes. Et si ce dernier chapitre nous réconciliait avec l'album ? Je dois heureusement répondre par l'affirmative. Une introduction au piano comme sur les meilleurs titres du CD et une montée en puissance progressive de la puissance. Une fois encore, on a du mal a faire abstraction des étiquettes et des influences tant elles sautent aux oreilles (Kevin Moore pour le début), Arena / IQ (tiens donc !) pour la suite, encore du Spock's Beard par ci par là, mais cette fois l'inspiration est au rendez-vous, tout comme sur le premier titre. Les enchainements sont fluides, les mélodies superbes. La virtuosité des musiciens bien exploitée. On peut enfin fermer les yeux et décoller.

L'album est donc composé de 6 titres et autant dire que pas deux morceaux ne se ressemblent puisant dans diverses inspirations. Ce qui pourrait apparaître comme une qualité me fait l'effet d'un défaut majeur. A certains moment, on ne sait plus exactement ce que l'on est en train d'écouter : on passe d'un titre super technique à une chanson popisante, avec une mélodie carrément mièvre, qui n'apporte rien sinon de perdre l'auditeur et de faire retomber l'attention. L'achat de cet album tient par les deux morceaux des extrémités (le premier et le dernier), le ventre étant mou. On attendra donc la suite pour se prononcer de façon plus définitive car il y a matière mais il faut savoir digérer ses influences pour ressortir une musique plus personnelle et surtout donner une unité à un album qui, vous l'aurez compris en manque cruellement.