Gazpacho

Artiste/Groupe

Gazpacho

CD

Demon

Date de sortie

Mars 2014

Label

Kscope

Style

Rock Progressif

Chroniqueur

Didier

Note Didier

16/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

C H R O N I Q U E

Je connaissais Gazpacho depuis pas mal de temps déjà. J’avais adoré les albums Night et Tick Tock, mais un peu lâché depuis. Ils sont norvégiens et proposent depuis 2003 une musique résolument progressive et particulièrement originale, mêlant parfois électronique et musique folklorique pour obtenir un savant mélange. Au final, leur seul but est la recherche d’un esthétisme absolu, souvent minimaliste, qui touche l’auditeur en plein cœur. Pour cela, le groupe bénéficie d’un certain nombre de cordes à son arc. D’abord un chanteur assez incroyable, Jan Henrik Ohm, à la voix plutôt basse et très émouvante. Pour l’épauler, on trouve Jon-Arne Vilbo (guitares), Thomas Andersen (claviers), Lars Erik Asp (batterie), Kristian Torp (basse) et Mikael Krømer (violon, mandoline). Sur cet album sont aussi crédités Stian Carstensen (accordéons et banjos) et Charlotte Bredesen (chœurs). L’autre aspect étonnant de Gazpacho est que chaque album, ou presque, aborde un thème. Ils parlaient de Saint-Exupéry dans Tick Tock, et cette fois-ci, pour leur huitième album, le thème est celui d’un  vieux grimoire découvert en République Tchèque qui raconte la traque sur plusieurs siècles du "démon" ; ouvrage écrit par un auteur inconnu à la longévité surprenante. Une partie des paroles de l’album est carrément extraite du grimoire aujourd’hui conservé dans une bibliothèque de Prague, principalement pour les étudiants en psychiatrie (ah oui, quand même !). Vous l’aurez compris l’ambiance est des plus pesante, grave, noire, et même possédée sur le dernier morceau. En principe, il n’est pas facile de parler d’un morceau en particulier dans un tel album, pourtant je vais quand même essayer.

On trouve quatre morceaux, pour une durée de (seulement) quarante-cinq minutes avec un placement assez surprenant puisque le morceau fleuve I've Been Walking est découpé en deux parties, placées en première et troisième position avec, au compteur, respectivement neuf minutes et quarante-sept seconde et douze minutes et trente secondes. Le dernier morceau, le tout aussi essentiel Death Room, pèse dix-huit minutes trente alors que le deuxième morceau, The Wizard Of Altai Mountain et ses quatre minutes cinquante-deux reste à mon goût le maillon faible de l’album et la seule raison qui me fait hésiter sur la note à attribuer.

I’ve Been Walking Part 1 et Part 2 sont des morceaux superbes. La voix de Jan Henrik est assez basse, mélancolique à souhait, il est souvent à l’unisson du violon de Mickael ou des sons profonds de violoncelle qui ponctuent le morceau. Un des passages les plus émouvants dans la Part 1 est proche de Steve Hoghart et Steve Rothery dans Marillion, on jubile. J’attribue aussi un prix spécial à Kristian et à son jeu de basse, qui nous prouve qu’on n’est pas obligé de faire compliqué pour faire du prog et que son jeu, souvent simple, n’a qu’un seul but : ajouter de la profondeur à la beauté du morceau. Dans Part 2, la mélancolie passe à une étape supérieure, inquiétante, lourde et les extraits d'une cantatrice sur vieux gramophone ne sont pas là pour égayer les choses. On frissonne presque. On note aussi plusieurs interventions de chœurs bien placés qui viennent accentuer cette ambiance étrange et dérangeante. Le final au violon seul, comme déjà entendu sur Night par exemple, est magnifique.

Deathroom, est la dernière étape, le Malin semble posséder cet album, d’ailleurs des bruitages vous font sursauter à plusieurs moments-clefs. C’est un magnifique moment, assez solennel dont les paroles sont extraites du grimoire. L’intro minimaliste est constituée d’un riff de banjo lancinant, de clappements de mains et d’interventions de violons dissonants. Le tout à écouter fort ! Alternance de passages flippants et de passages d’une grande beauté faisant par moment penser à du Radiohead, et à d'autres encore à du Muse. Dans tous les cas, c'est très inspiré.

Reste donc le second morceau The Wizard Of Altai Mountain. Si les deux premières minutes sont passables, le reste est assez difficile à accepter. On semble tout à coup plongé dans le quartier juif de Prague, mêlé à la foule dans un bar à écouter de la musique folklorique yiddish, une polka où violon et accordéon se partagent la scène. Je dois avouer que j’ai plusieurs fois passé le morceau pour retrouver au plus vite le Part 2 de I’ve Been Walking, ô combien jouissif. Je dois avouer je ne suis pas très polka comme mec.

N’êtes-vous jamais allés dans un musée d’art moderne ? A contempler des œuvres en vous disant que n’importe quel gamin de maternelle pourrait faire un barbouillage pareil, alors qu’à côté de vous certains sont en extase et peuvent vous parler de ce "Carré blanc dans un cercle bleu" de quatre mètres sur cinq pendant des heures avec des larmes aux yeux ? Eh bien Gazpacho, c’est pareil. La plupart des gens vont passer à côté et ne pas avoir la patience nécessaire. Je vous confirme qu’à la première écoute, je n’ai pas accroché et que deux semaines plus tard, après une bonne vingtaines d’écoutes, certains passages de I’ve Been Walking me font carrément monter les larmes aux yeux. Inexplicable effet Gazpacho !

 

Tracklist de demon:

01. I've Been Walking Part 1
02. The Wizard Of Altai Mountains
03. I've Been Walking Part 2
04. Death Room
05. The Cage (Bonus Track)

Venez donc discuter de cette chronique, sur notre forum !