Alors c'est là qu'on va voir ceux qui suivent mes conseils... ou pas. Si je vous dis Jeff Angell, ça vous rappelle quelque chose ? Rooooo, et si je dis Walking Papers ? Rooo, toujours pas ? Walking Papers est passé au Hellfest en 2014, j'avais même à l'occasion pu interviewer son bassiste, Duff McKagan. Haaa, ça vous revient ? Walking Papers, c'est le groupe dans lequel Duff jouait, mais celui qui chantait et jouait de la guitare (et avait tout composé, par ailleurs), c'était justement ce Jeff Angell, dont il est question ici. C'est un des piliers de la scène de Seattle aujourd'hui, qui est passé par Post Stardom Depression et The Missionary Position avant de former Walking Papers. Alors quand nous avions interviewé Duff, il parlait de ce second album imminent ; sauf que voilà, l'actualité de Guns N' Roses a fait que Duff était occupé, et le projet Walking Papers est passé en basse priorité. Ca c'est une explication, mais comme en même temps je lis aussi que Duff McKagan, Barrett Martin et Mike McCready (tous trois dans Walking Papers) sont en train de former un supergroupe - Levee Walkers avec Jaz Coleman (Killing Joke) au chant - j'avoue qu'on ne sait plus trop où on en est. Du coup comme l'explique l'ami Jeff, il a transformé une difficulté en une opportunité, et poursuivi sa route rock 'n' roll avec son nouveau projet Jeff Angell's Staticland, dont voilà la première réalisation. D'abord, parlons personnel. Jeff a gardé auprès de lui Benjamin Anderson, déjà avec lui dans The Missionary Position, et qui avait aussi rejoint Walking Papers ; c'est encore lui qui assure les claviers, mais aussi la basse (souvent aux claviers). C'est Joshua Fant qui est assis derrière les fûts et qui l'était déjà dans le premier projet de Jeff, Post Stardom Depression. Aux manettes, c'est Vance Powell qui est à la manœuvre et qui est connu pour son boulot avec entre autres Jack White, The Dead Weather ou The Raconteurs.
Alors côté son, ça donne quoi ? Eh bien je dirais que c'est encore de la bonne. Si vous avez aimé le style de Walking Papers, vous allez être comblés car on retrouve ici pas mal des ingrédients de Walking Papers : la voix de Jeff, reconaissable en quelques secondes, les histoires de la vie, souvent dures, les ambiances minimalistes, souvent mélancoliques, du groove et de l'énergie à revendre. Il est difficile de donner un style global à l'album et à ses treize morceaux, qui oscillent entre blues rock, hard rock, punk, road song, folk. On trouve vraiment de tout et souvent du bon. Par exemple, le morceau qui ouvre l'album, Everything Is Wrong, est excellent : c'est vintage, cradingue côté son des guitares, bluesy à souhait. J'aime vraiment ce style. Le chant de Jeff vous séduit de suite (et je vous préviens, il ne vous lâche plus). Le refrain est hyper accrocheur, tellement évident, à la première écoute, on comprend que Jeff est un rocker né, et que c'est un sacré compositeur. Entre parenthèse, son solo de guitare est bien sympa aussi. Jeff sais tout faire. Le style de The Edge est assez différent, plus de basse (jouée aux claviers), super groovy, son de guitare saturé avec encore un refrain imparable. Le petit thème de guitare est génial, la batterie un peu disco tout aussi réussie. Là encore, on se dit que si le type a des morceaux comme ça plein la tête, il a bien fait de ne pas attendre le camarade Duff, et ce malgré tout le respect que j'ai pour Duff. En parlant de batterie, on trouve encore un bon travail de Joshua sur Never Look Back, aux sonorités plus punk. On retrouve une vraie basse (avec des cordes) pour la belle section rythmique de Band-Aid On A Bullet Hole, une sorte de morceau psychédélique mid tempo, avec un gros orgue Hammond et la guitare avec un effet trémolo, très vintage tout ça. Jeff y fait encore un bon solo.
Phantom Limb revient un peu au style post-punk, son de guitare crados, bon groove basse/batterie, le tout est encore réussi. Il faut attendre The Wold Is Gonna Win, pour reprendre un peu son souffle. C'est un morceau très calme, minimaliste à souhait, chanté très doucement et très bas. Ca sent l'Amérique, le coin du feu de camp ; c'est cool, mais mou. Le moment fort suivant, c'est High Score, dont le clip est dispo ici:
Encore beaucoup d'effet sur la guitare, cette fois cradingue et spatiale (effet wah-wah lent), le tout est assez psychédélique et planant, assez lancinant. If You Only Knew est encore assez calme, rythmé par une ligne de basse qui se répète à l'infini. C'est assez planant, la voix de Jeff est parfaite pour raconter son histoire apparemment triste sur ce fond musical. Sur le refrain, il est épaulé par des chœurs. Je n'aime pas trop le son de guitare (doublé de cloches) de I'll Find You, un peu western ; le morceau est un peu plus léger, moins pesant, le rythme plus enlevé. Un peu tout le contraire du son stoner de Tomorrow's Chore, saturé, avec voix trafiquée, piano et harmonica. Le morceau est bâti autour d'un riff ultra basique, la voix de Jeff fait le reste.
On termine en douceur avec d'abord un morceau rythmé par une une bonne batterie et porté par une super ligne mélodique à la guitare. C'est Freak, et la voix de Jeff se fait lointaine mais toujours envoûtante. Et puis dodo, avec un chant de scout (non je rigole) ; mais bon c'est un morceau hyper minimaliste avec Jeff au chant et à la guitare acoustique, point barre, on entend presque les crépitements du feu de camp.
Jeff Angell démontre ici ses qualités de compositeur, chanteur et guitariste. Il livre là une bonne dizaine de titres hyper accrocheurs, avec une voix immédiatement identifiable, dans un style difficile à cataloguer mais très réussi, si vous aimez le rock 'n' roll bien gaulé. Pas super metal, je vous l'accorde, mais c'est pas très grave quand le talent est au rendez-vous et que les bases sont toutes là : énergie, groove, guitares, originalité des compos et son vintage.
Tracklist de Jeff Angell's Staticland :
01. Everything Is Wrong 02. The Edge 03. Never Look Back 04. Band-Aid On A Bullet Hole 05. Phantom Limb 06. The World Is Gonna Win 07. Nola 08. High Score 09. If You Only Knew 10. I'll Find You 11. Tomorrow's Chore 12. Freak 13. Let The Healing Begin
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