Vieux combattant de la cause metal industriel depuis bientôt quatre décennies, l’éternel rebelle Al Jourgensen a repris du poil de la bête et surtout goût à Ministry, son projet historique. Preuve en fut donnée avec le plus récent Moral Hygiène très bien reçu. Groupe au statut désormais culte dont les grandes heures datent, on a récemment appris que les musiciens de ZZ Topavaient intégré des parties de batterie de Ministry dans leur musique à un moment de leur carrière. Anecdote improbable qui a donné lieu à une amitié entre les deux groupes et soyons francs un réel étonnement, tant « rapprocher » ces deux groupes n’est pas intuitif. Le charme des rencontres … Al Jourgensen ne s’en cache pas, il commence à penser à mettre un terme à son groupe et souhaite finir en beauté avec pour dernier projet de retrouver son bassiste de toujours pour bouler la boucle. Pourtant, et c’est le paradoxe ici, ce dernier Ministry dégage un côté fan-service plutôt sympa en soi mais guère innovant.
On retrouve en effet un metal indus typique du combo, bons riffs de guitare et ambiances froides mais de fait, on est en terrain connu, déjà bien balisé par le groupe. J’irai même plus loin en disant que dans ce genre, les plus jeunes Horskh renouvellent mieux le style avec une modernité et une énergie bien plus percutante. C’est une pente naturelle, Ministry est un vieux guerrier mais qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, ce dernier effort se tient bien, s’écoute mais n’impressionne pas. Toujours dans le fan-service, même si je serai malhonnête de douter de la sincérité de ce bon vieux Al tant on ne pourra jamais lui retirer sa cohérence dans le temps : les paroles et plus généralement les thèmes développés. Eternel contestataire, avec une réelle dimension punk dans l’attitude, Al Jourgensen nous refait le coup jusqu’au nom de l’album, hommage reprenant en majuscule une citation de Karl Marx devenue slogan politique après-Guerre. Cette approche a quelque chose de datée je trouve, très fin 80’s, début 90’s avec ces slogans certes percutants mais finalement d’une certaine vacuité voir naïveté. Peut-être suis-je devenu cynique, et il est bon que les artistes expriment des opinions contestataires et souvent bien pensantes. La posture est bonne (bien que probablement sincère dans nombre de cas) mais caricaturale et surtout donne un air de déjà-vu. Petit détail mais non négligeable tant l’engagement moral fait partie intégrante de Ministry.
Au final, un nouveau Ministry de bonne facture qui plaira aux fans. Pour les afficionados d’indus, on les renverra tout de même plus vers les nouvelles pépites de la scène, plus audacieuses. C’est peut-être ça qui manque à ce dernier Ministry, de l’audace et de la réelle prise de risque tant cet HOPIUMFORTHEMASSES sonne très attendu et de faire peu surprenant.