BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Cinq années se sont écoulées depuis Hermitage, et Moonspell semble avoir profité de ce silence pour regarder dans son propre miroir. Loin de chercher une nouvelle mutation ou de poursuivre une quelconque fuite en avant, les portugais choisissent avec Far From God de renouer avec certains des fondements qui ont façonné leur identité. Le groupe revient ainsi vers une expression plus ouvertement gothique, sans pour autant céder à la facilité d’un simple exercice nostalgique.
Dès les premières notes de Cross Your Heart, l’intention apparaît clairement. L’atmosphère prime sur l’impact immédiat, les nuances sur la démonstration de force. Moonspell construit patiemment ses ambiances à travers un équilibre subtil entre mélancolie, noirceur et romantisme crépusculaire. Une approche qui irrigue l’ensemble de l’album et lui confère une remarquable cohérence et une belle variété.
La force de Far From God réside précisément dans cette retenue. Là où de nombreux groupes cherchent à multiplier les effets ou à densifier artificiellement leur contenu, Moonspell adopte une écriture plus épurée. Chaque élément occupe une place soigneusement réfléchie. Les guitares de Ricardo Amorim privilégient les textures et les émotions aux démonstrations techniques, tandis que la section rythmique formée par Aires Pereira et Hugo Ribeiro assure une assise solide sans jamais attirer inutilement la lumière sur elle.
Au cœur de cette architecture sonore, les claviers dePedro Paixão jouent un rôle essentiel. Tantôt discrets, tantôt enveloppants, ils participent largement à cette impression de profondeur et de mystère qui habite l’album avec cette touche très progressive. Les arrangements de cordes, notamment sur The Great Wolf in the Sky, viennent enrichir cette dimension cinématographique déjà perceptible sur Hermitage, tout en lui offrant davantage de relief émotionnel.
Fernando Ribeiro demeure quant à lui le véritable maître de cérémonie. Son chant grave et théâtral guide l’auditeur à travers ces paysages d’ombre avec une aisance remarquable. Les interventions plus rugueuses et les rares éclats gutturaux ne constituent jamais une finalité en soi. Ils interviennent comme des accents destinés à renforcer certaines tensions dramatiques. L’essentiel repose sur l’expressivité de ses lignes vocales et sur cette capacité à transmettre autant de fragilité que de gravité.
L’album déploie progressivement ses différents visages. Biblical installe une noirceur inquiétante portée par une basse particulièrement présente avant de s’ouvrir vers des développements plus métalliques. For the Love of Mortals explore un romantisme gothique empreint de nostalgie et de délicatesse. Our Freedom to Fall apporte davantage d’énergie sans rompre l’équilibre général, démontrant que Moonspell n’a rien perdu de sa capacité à conjuguer puissance et élégance. Quant à The Great Wolf in the Sky, son ampleur et ses arrangements en font l’un des moments les plus marquants de l’album.
L’ensemble se distingue également par sa simplicité. Avec seulement huit compositions, Far From God évite tout remplissage et privilégie une écoute dense et pourtant accessible. Les morceaux s’enchaînent naturellement, portés par une identité sonore forte qui ne cherche jamais à imposer sa noirceur par la force. Moonspell préfère suggérer, installer des climats, laisser les émotions se développer progressivement.
Cette approche n’est toutefois pas totalement exempte de limites. Certains auditeurs pourront regretter un manque relatif de prise de risque ou souhaiter davantage de contrastes dans la seconde moitié du disque. Quelques passages semblent parfois privilégier la continuité atmosphérique au détriment de la surprise. Ces réserves demeurent néanmoins mineures au regard de la qualité générale de l’ensemble. Immense satisfecit aux guitares, qui apportent tout le long des morceaux, fraicheur et mélodies chantantes avec cette touche prog très personnelle. Félicitations au Sieur Ricardo Amorim pour ce job lumineux.
Avec Far From God, Moonspell pourrait enthousiasmer son fidèle public grâce à ce nouveau son profondément riche, comme il pourrait faire faire grise mine à ses détracteurs lui reprochant une réelle mollesse. Ces deux points me semble tout aussi avérés, alors faites vous votre intime conviction. Dans tous les cas, la majorité de nos lecteurs approuveront sans doute que le groupe signe une galette maîtrisée, dans un style modernisé et profondément sincère, qui aura su puiser dans son héritage pour mieux en révéler l’essence. Un album sombre sans être écrasant, mélancolique sans basculer dans le pathos, et suffisamment inspiré pour rappeler pourquoi Moonspell demeure, après plus de trois décennies de carrière, l’une des références incontournables de la scène gothique européenne. Je n’aurais jamais pu imaginer que je m’intéresserai un jour à cette formation portugaise aux 14 galettes et dont l’existence remonte à 1992... étonnant.
Tracklist de Far From God : 01. Prayer I 02. Show Mercy 03. Forgive Me 04. My Lord 05. The Forsaken 06. Prayer II 07. Transgression 08. Kora 09. The Sacrifice 10. The Indulgence 11. Prayer III