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le 20 avril 2026.

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Artiste/Groupe:

Non Est Deus

CD:

Blessings and Curses

Date de sortie:

Juin 2026

Label:

Noisebringer Records

Style:

Black Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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Parfois certaines maladies ne sont pas évoquées, même pas par votre médecin de famille adoré. Normal, elles ne figurent dans aucun manuel universitaire, ne font l’objet d’aucune campagne de prévention et ne bénéficient d’aucun remboursement de la sécurité sociale. Parmi elles, une affection particulièrement répandue dans le milieu musical : le syndrome de l’épuisement créatif.

Les symptômes sont bien connus. Une première poussée d’inspiration boutonneuse, suivie d’un album remarquable sorti à la majorité du jeune contaminé. Puis une légère fatigue s’installe. Quelques recyclages suspects apparaissent. Une tournée sans fin pour gagner du temps. Un best-of pour masquer la fièvre. Enfin, une lente agonie artistique durant laquelle le patient continue de respirer compulsivement sans que l’on puisse affirmer avec certitude qu’il soit encore vivant. Maître Ced, éminent spécialiste en médecine virale, appelle cela faire « pchiiitttt ». Des cas de guérison existent, mais ils ne forment pas légion.

Et puis il y a les anomalies cliniques. Ces individus manifestement incapables de respecter les lois élémentaires de la fatigue humaine. Plus ils produisent, plus leur créativité semble se renforcer. Plus ils multiplient les projets, plus leur inspiration gagne en précision. Amies lectrices, amis lecteurs, vous en connaissez : Devin, Walg, Anthrax... non, pas Anthrax, oups ! Et vous en chérissez bien d’autres.

Noise appartient indubitablement à cette catégorie inquiétante de patients. Après avoir déjà alimenté une année 2025 particulièrement chargée avec ses autres formations, le cerveau derrière Non Est Deus revient administrer une nouvelle dose de son traitement préféré. Une dose allopathique de VIVOTIF Metal boosté au Black Metal. Cinquième album du groupe, Blessings and Curses ressemble moins à une simple sortie discographique qu’à une nouvelle expérimentation menée dans un laboratoire dont les normes de sécurité semblent avoir été abandonnées depuis l’apparition du premier complotiste.

Les années ont été clémentes avec Non Est Deus et Noise en général. À l’instar des plus grands vins qui s’enrichissent et se complexifient avec le temps, ce groupe a toujours su se faire une place de choix dans le paysage du Black Metal à chaque nouvelle sortie. Cette fois-ci encore, les onze titres de Blessings and Curses ont de quoi séduire tous les connaisseurs du genre.

Poursuivant sa voie lactée, celle tracée depuis plusieurs années par Non Est Deus, cet album vous plonge d’emblée dans l’univers dynamique et intensément mélodique du groupe, un style que Blessings and Curses exploite pleinement. Comme un médecin incapable de résister à la tentation d’expliquer son diagnostic pendant quarante-cinq minutes alors qu’un simple comprimé aurait suffi, Noise conserve son goût pour les prêches, les chœurs et les interventions théâtrales qui ponctuent chacune de ses ordonnances musicales.

Aucun album de Noise ne serait complet sans ses discours, ses phrases samplées, ses chœurs pompeux et ses mises en scène sonores. Soyez donc rassurés : le praticien ne lésine pas sur les traitements qui ont fait sa réputation. Ici, ils sont présents sur pratiquement chaque morceau. Cette fois-ci, des passages de la Bible sont lus, notamment du Deutéronome, de Matthieu, des Thessaloniciens et d’Isaïe. Presque gothiques, mais toujours bienvenues, ces incrustations apportent un équilibre subtil à chaque composition.

De superbes riffs en trémolo ornent notamment les morceaux Forgive Me, Kora et The Forsaken, leur conférant une sonorité plus lourde que l’approche légèrement plus rock adoptée par d’autres titres. Ce dernier morceau marque également le moment où notre protagoniste perd espoir. Ses prières restent sans réponse et, malgré sa dévotion inébranlable, « aucune réponse ne vint jamais ».

Le patient entre alors dans une seconde phase de la maladie. Le pronostic cesse d’être favorable et les anges commencent à remplir les formulaires de transfert. Prayer II constitue ainsi l’intermède médian de l’album. Son chœur grandiose et son orgue imposant instaurent une atmosphère inquiétante tandis que nous plongeons dans les profondeurs de cette seconde partie, tels des anges déchus. Notre figure religieuse, qui implorait le pardon quelques instants plus tôt, s’est désormais égarée et sombre progressivement dans la partie Curses de l’album.

Comme son nom l’indique, Transgression instaure une ambiance plus sombre encore, évoquant des visions de flammes éternelles. Céder au désir, emprunter le chemin du péché et accepter la damnation : voilà le programme de cette consultation particulièrement mal remboursée.

Kora et The Sacrifice poursuivent ce thème de la trahison envers Dieu et du rejet de la divinité. L’album s’aventure alors sporadiquement vers une approche plus proche du Death Metal, particulièrement perceptible dans les riffs lourds et répétitifs de The Indulgence. Ceux-ci tournent avec l’obstination d’un électrocardiogramme qui refuserait obstinément d’annoncer le décès du sujet.

L’élément le plus intrigant demeure toutefois l’apparition de synthétiseurs à 2 min 38 du dernier morceau. Une ouverture progressive chez Noise ? Une expérimentation isolée ? Un effet secondaire inattendu ? Le diagnostic reste ouvert, mais l’idée mérite assurément d’être surveillée lors des prochaines consultations.

Absolument contagieux, comme certaines joyeusetés virales qui ont récemment convaincu l’humanité de faire des stocks de papier toilette en prévision de l’apocalypse, Blessings and Curses se propage, se partage avec une facilité déconcertante. Quelques écoutes suffisent pour constater un fait troublant : cela faisait peut-être bien trop longtemps que nous n’avions pas croisé un Black Metal aussi direct, aussi mélodique et aussi efficacement administré.

Sous ses dehors religieux, l’album dissèque en réalité un organisme spirituel en pleine défaillance. La foi s’y fracture, les certitudes s’y nécrosent et les prières y restent désespérément sans réponse. Un tableau clinique particulièrement sombre que Non Est Deus transforme pourtant en une œuvre vivante grâce à des compositions dont l’efficacité relève parfois de la médecine expérimentale.

Le diagnostic final ne laisse guère de place au doute. Non Est Deus signe une nouvelle réussite majeure et continue d’enrichir une discographie dont le dossier médical ne comporte toujours aucune rechute significative. Mieux encore, le groupe semble poursuivre sa mutation, incorporant ici ou là quelques éléments inattendus qui laissent entrevoir de futures évolutions particulièrement prometteuses.

Première injection obligatoire de l’année 2026 pour tout amateur de Black Metal mélodique, Blessings and Curses mérite largement sa prescription. Quant aux prochains rappels, qu’ils portent le nom de Kanonenfieber, Leiþa ou d’une autre création surgie du laboratoire du docteur Noise, nous serons évidemment présents au laboratoire.

Après tout, lorsqu’un praticien affiche un tel taux de réussite, on finit par accepter avec enthousiasme tous les traitements, même les plus robustes. Vos fesses vont adorer. Pique !

Tracklist de Blessings and Curses :
01. Prayer I
02. Show Mercy
03. Forgive Me
04. My Lord
05. The Forsaken
06. Prayer II
07. Transgression
08. Kora
09. The Sacrifice
10. The Indulgence
11. Prayer III
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