BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
C’est un des charmes du mercure qui ascensionne. Nous allons nous déshabiller. L’hiver est une saison pleine de complicité. Sous ces trois couches de vêtements, un slip fourré, un pull ESF compétition et une doudoune marseillaise insuffisamment épaisse pour amortir le choc contre un Dori lancé à mach zéro sur une piste verte, chacun peut encore prétendre posséder la silhouette de ses vingt ans.
Puis viennent les beaux jours, parce qu’ils finissent toujours par repointer le bout du nez. Ils attendent juste notre impatience montée au ciel du paroxysme. Comme leur nom l’indique, ils devraient embellir, pourtant ils préfèrent dire que mentir. Cette période où le miroir, qui ne complote jamais, reprend brutalement ses fonctions.
Le temps heureux des beaux jours nous impose alors des choix simples. Pantalon ou short. Terrasse ou intérieur. Eau pétillante ou bière fraîche. Le monde avance grâce à des décisions claires. Enfin... presque. Car quelque part dans l’histoire de l’humanité, un fichu objet, le pantacourt ou bermuda, a dû être inventé un jour de carence. Ou de névrose. Si, si, et c’est heureux, tout acte de création ne doit pas nécessairement répondre à un besoin fonctionnel (de l’inutile naissent souvent les œuvres majeures). On peut toutefois s’interroger sur le concept même de celui-ci, un esprit perturbé s’est levé et a déclaré : « Et si nous inventions un vêtement qui refuse de choisir ? »
Ainsi naquit le bermuda. Ni pantalon. Ni short. Une sorte d’accord diplomatique signé par deux lobes du cerveau qui ne s’entendent plus. Le bermuda est l’incarnation textile de l’hésitation. Une œuvre bâtie sur le refus catégorique de prendre position.
Et figurez-vous que depuis quelques jours, je comprends parfaitement le créateur du pantacourt. En effet, depuis que j’écoute le premier album des Suédois de Northborn. Et bien, je suis incapable de me décider. Non pas sur sa qualité, mais plus scolairement, sur sa note.
Car dès les premières minutes de Hymn of the North Star, une évidence s’impose. Ces garçons savent parfaitement ce qu’ils font. Loin de certaines formations modernes qui revendiquent fièrement leur appartenance au Metal après avoir ajouté une guitare discrète derrière trois couches de pop radiophonique et quatre consultants marketing, Northborn joue du Death Mélodique. Du vrai. Avec des riffs. Des growls. Des mélodies. Des variations. Bref, toutes ces bonnes choses devenues étrangement facultatives dans une partie du Metal contemporain.
Le groupe puise généreusement dans les grandes heures du Melodeath nordique ascendant folk épique. Certains y verront un hommage, d’autres une influence assumée. Les plus grincheux parleront de filiation, les frustrés évoqueront le Dieu Copie, et son comparse Colle. Les plus enthousiastes de transmission. Les plus honnêtes reconnaîtront simplement que lorsque les recettes enthousiasment, il serait dommage de les bâillonner.
Intransigeants et implacables, nos jeunes Suédois de Northborn, déboulent de Stockholm, ils déchaînent sur le monde du Metal leur premier album éponyme, délaissant à mille mieux derrière eux les autres pseudo "Rock puissant" a-sonnant Metal à la sauce moderne, car bien plus proche des Rita Mitsouko ou des Greenday époque molle.
Amies lectrices, amis lecteurs, délaissez ces groupuscules (contraction de Groupe et Minuscule) "Rock Metal" irradiés de bonne volonté, mais dénoués de talents. Et préparez-vous à des aventures épiques à travers des contrées glaciales de ce Northborn. Tout commence forcément avec un Hymn of the North Star, où Felix (le batteur) ouvre le folk avec ses rythmes mélodiques Death rapides, offrant à Björn (le hurleur) de quoi rugir comme un Viking, pardi. Dans Tale of Lies, Björn déploie une attaque de clavier percutante, soutenue par l’extravagance de Death Metal mélodique de Ture et Tobey aux guitares.
Fireborn, quant à lui, nous plonge dans une ambiance fantastique et aventureuse, avec la basse grondante d’Andreas en parfaite harmonie avec la batterie galopante de Felix. Les claviers inspirés des années 80 de Björn et la basse métallique d’Andreas lancent Children of the Frost, un morceau survolté qui déchaîne un véritable ouragan de sonorités mélodiques Death, idéal pour les amateurs du genre. Vous devriez vous délecter.
Puis, retour à un style beaucoup plus féroce avec The Wolf’s Curse, dont les sonorités de Death Metal symphonique et mélodique s’entrechoquent avec brio, menées par l’impitoyable Felix à la batterie. Cette cerise de 3 kilos sur la douce galette s’approche le plus de l’univers des Children of Bodom.
Le groupe explore une sonorité folk Metal avec Dreamhaunter, les guitares de Ture et Tobey nous transportant à l’époque viking. Inspirés par les sonorités massives de leurs compatriotes d’Amon Amarth, tout en y ajoutant leur propre touche symphonique. Ils nous offrent un bien bel hymne pour la bataille rangée contre les groupes Rock au pseudo Metal. Ma piste préf, nul doute.
Passons au très mystérieux Yokai of the Lake, dédié aux Kappa, ces humanoïdes aquatiques reptiliens qui peuplent les rivières et les ruisseaux du Japon. On ressent d’ailleurs cette influence orientale dans leur musique, le résultat est assez dingue... très Ensiferum, miam !
Enfin, pour clore l’album, ils nous offrent le morceau mélodique et épique A Warrior’s Fate, nous invitant tous à lever les poings en l’air au son des growls infernaux de Björn, ainsi que des riffs percutants du duo de guitaristes irrésistibles.
Je vous abandonne à la découverte de Helldammer (très bonne piste pourtant) ou Fireborn dont les productions fouillies pourraient vous perdre sur le cheminement de la bonne volonté. D’ailleurs il est bien probable que le groupe équilibre à l’avenir cette production parfois inspirée de l’univers Power , qui lui apporte indéniablement rythme et "épicité" (découlant de l’auvergnat "épique"), mais aussi une impression de léger fouillis acoustique. Il me semble, sans certitude, que le placement du clavier accentue cet état de fait.
Délectez vous également du The Fimbul Scourge, un rien en retrait et pourtant échevelé, mais Iron Maiden n’a t il pas parfois baissé d’intensité dans son Number of The Beast cultissime... ?
Puisant leur inspiration dans la mythologie, la nature et les récits épiques, tout en s’inscrivant dans la lignée de groupes tels que Children of Bodom pour leurs claviers, les monstrueux Wintersun et Ensiferum pour les guitares et les orchestrations, Northborn propose des hymnes épiques qui vous transporteront dans des paysages froids et majestueux, façonnés par le gel, des batailles sanglantes et les légendes en tous genres pourvus qu’elles soient nordiques (mais pas que).
Et c’est précisément ici que commence mon problème, revenons à notre dilemme du bermuda, bien au-delà de la dualité thermique. Cet album mérite clairement mieux que la simple mention « premier essai prometteur ». Il possède déjà un vrai savoir-faire. De vraies compositions. De réelles qualités d’écriture. Et surtout cette capacité précieuse à donner envie d’y revenir. Alors pourquoi hésiter ? Pourquoi rester bloqué entre 15 et 17 ?
Parce qu’il existe parfois un territoire étrange situé entre les deux. Comme ce moment où l’on hésite devant son armoire. Comme cette saleté de bermuda qui refuse obstinément de devenir un pantalon ou un short.
Northborn impressionne énormément. S’il ne possède pas encore tout à fait cette identité immédiatement reconnaissable qui transforme un excellent album en œuvre incontournable. Le talent est là. L’inspiration aussi. La marge de progression paraît même considérable. Et c’est probablement ce qui rend ce premier disque aussi enthousiasmant. Car si Northborn est déjà capable de produire un album de ce niveau aujourd’hui, il devient très difficile de prédire jusqu’où ces jeunes Suédois pourront grimper demain.
Alors me voilà. Debout dans le rayon des notes. 15 me regarde. 17 me fait de l’œil. Et comme le propriétaire d’un pantacourt face à un thermomètre hésitant, je demeure incapable de choisir sereinement. La raison murmure 15. L’enthousiasme réclame 17. Entre les deux se trouve probablement la vérité. Et aussi, accessoirement, la manière dont vivent les chroniqueurs. Cette catégorie d’individus étranges qui passent davantage de temps à choisir une note qu’à écouter les albums. Amies lectrices, amis lecteurs, pensez bien qu’ils mettent des 16.5 parfois ...
La gestion thermique des membres inférieurs est une science complexe. L’évaluation d’un premier album de Death Mélodique suédois également.
Northborn n’a peut-être pas encore livré son chef-d’œuvre. Mais il vient très certainement de signer une promesse particulièrement sérieuse. Ce faisant, les promesses sont toujours de très belles victoires.
Espérant nous voir les rencontrer en Fest-estival le plus vite possible, car nul doute que nous brandirons fièrement nos épées face aux vents du Nord en écoutant cette nouvelle pépite de la scène suédoise actuelle. Bâtons Metal ! Et surtout, revêtons nos plus beaux pantacourts d’apparats...
Tracklist de Northborn :
01. Hymn of the North Star 02. Tale of Lies 03. Fireborn 04. Children of the Frost 05. Helldamned 06. The Wolf’s Curse 07. Dreamhaunter 08. The Fimbul Scourge 09. Yokai of the Lake 10. A Warrior’s Fate