Oomph!

Artiste/Groupe

Oomph!

CD

Des Wahsinns Fette Beute

Date de sortie

Mai 2012

Label

Sony Music

Style

Metal Industriel

Chroniqueur

Ostianne

Note Ostianne

13/20

Site Officiel Artiste

Myspace Artiste

C H R O N I Q U E

Oomph!, un groupe dont bien des formations devraient s'inspirer... Non, pas pour leur musique ou leur univers, mais pour leur stabilité. En vingt-trois ans de carrière, les trois compères ne se sont jamais séparés. Semblant toujours sur la même longueur d'onde, ils ont évolué ensemble, partant d'un metal industriel très sombre et malsain, pour connaître une véritable reconnaissance sur le tard en 2004, soit au bout de quinze ans de carrière, et jusqu'à aujourd'hui où le groupe sort son onzième album, après un best-of qui ne fut que moyennement accueilli. Il faut dire que reprendre ses titres en anglais avec quelques guests, c'était une idée déjà développée par Rammstein (que l'on présente comme leurs grands rivaux puisque plus connus et plus jeunes) et qui avait déjà fait un petit flop. Alors, cette fois, Oomph! revient avec un album complètement inédit, et Des Wahsinns Fette Beute se voit gratifié de textes uniquement en allemand.

Même si on les avait vus sur l'artwork de Truth or Dare, le fameux Best-Of, les membres d'Oomph! avaient disparu des pochettes de leurs albums depuis Wahrheit Oder Pflicht avec lequel le trio allemand a connu le succès mondial, notamment grâce au tube Augen Auf. On les retrouve pourtant ici, dans une mise en scène très particulière, très second degré. S'agit-il d'un retour aux sources ou d'un véritable tournant (annoncé par le côté décalé de la pochette) dans la carrière du trio ? 

Quand un groupe habitue son public à sortir des albums tous les deux ans, voire même tous les ans, attendre quatre ans, ça donne de grandes attentes. Oui, même si Monster avait un peu inquiété les fans quant à la direction que prenait Oomph!, il n'empêche qu'on espère toujours qu'un groupe qu'on aime revienne à ses classiques, et c'est peut-être bien l'espoir qu'avaient les fans à l'annonce de la sortie de Des Wahsinns Fette Beute. Et pourtant... La déception risque d'être bien présente lors de l'écoute de ce onzième album. Car le groupe, qui avait déjà pris un virage pop en 2008, continue sur sa lancée et va même encore plus loin. Une envie de toucher un peu plus le grand public ? Est-ce l'évolution actuelle du monde de la musique qui les touche ? Peut-être le groupe est-il arrivé à un âge qui ne donne plus envie de faire dans le sombre ou le martial mais d'être plus léger... la crise de la quarantaine ?

Et pourtant... Oomph! offre un album assez varié. Des titres vraiment Metal Indus avec ce ton que l'on aime tant chez les Allemands, avec le retour en force de la langue de Goethe. Unzerstörbar ouvre l'album et rassure le fan. Guitare saturée et rythmée, un clavier présent mais discret, et une voix travaillée, tantôt douce, tantôt rocailleuse, presque agressive. De même sur tout le long de l'album, avec Aus Meiner Haut, Bis der Spiegel Zerbricht où l'émotion prend le dessus grâce à la voix de Dero qui se veut moins rocailleuse et plus douce que sur le titre ouvrant l'opus. Komm Zurück elle aussi nous montre qu'Oomph! n'a pas oublié ses racines. Si la musique n'est pas aussi intense que par le passé, on est quand même dans un registre qui ne devrait pas trop déstabiliser les fans. Unendlich, dernier titre de l'opus, conclura l'album "magistralement". Titre lent, sans artifices, avec un Dero tout en subtilité, tout comme la musique. Et si Oomph! nous montre qu'il sait encore faire de bons titres, gardant ses premières amours en tête, c'est finalement sur le reste que l'on a envie de s'arrêter.

Effectivement, Des Wahsinns Fette Beute est un album éclectique. Première constatation avec le deuxième titre de l'album, Zwei Schritte Vor : voix rocailleuse sur un fond pop jazz. Etonnant pour Oomph! ? Oui, et pourtant, pas si désagréable quand on accepte une évolution. Deine Eltern elle aussi déroutera, avec son côté martial mélangé à des synthés qui partent dans tous les sens donnant au morceau un côté électro dansant. Kosmonaut, elle, emporte effectivement l'auditeur dans l'espace. On plane un peu, Dero aussi avec sa voix légèrement absente, et des effets vocaux adaptés au titre de la chanson. Et il y a ce titre, Seemannsrose, l'autre véritable ovni du disque. Un accordéon, une musique qui nous fait tanguer, des choeurs... Attention, chant de marin à tribord ! Exercice très surprenant, pas mauvais, mais on se demande quand même ce que ça fait là... En décalage complet avec l'univers d'Oomph!, et l'arrivée de la grosse guitare sur la fin du titre est presque de trop. Quitte à faire dans le second degré et dans un esprit totalement différent, autant ne pas essayer d'intégrer un élément bien connu du trio et garder toute l'originalité du titre.

Et enfin, il y a les gros faux pas de l'album, ceux qu'on ne voulait pas voir, ceux qu'on craignait vraiment. Regen, la ballade qui suit le titre Kleinstadtboy, qui rappelle fortement Smalltown Boy de Bronski Beat, est un essai peu convaincant. Sympathique, mais assez anecdotique. Tout comme le titre qui la précède qui pourra faire grincer des dents : trop pop dansante, rien de véritablement percutant, et une reprise qui sent tellement le mauvais goût. Un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase du fan qui s'attendait à un retour aux sources. Le deuxième degré a du mal à passer ici. Tout comme sur Bonobo sur laquelle la voix est sans relief. Un morceau qui tourne en rond, sans intérêt aucun et que l'on zappe sans regret.

Alors que penser de ce Des Wahsinns Fette Beute ? C'est bien la question que l'on se pose à la fin de l'écoute de cet album. Oomph! a-t-il fait dans la dérision ? Oomph! prend-il un nouveau départ dans sa carrière ? Peut-on encore espérer un retour aux sources ? Mais si ce n'est pas le cas, cela signe-t-il la mort d'Oomph! ? Et si le trio avait trouvé un nouveau filon à explorer et qu'il faisait ses premiers pas, parfois un peu maladroits, mais en faisant preuve d'originalité et en allant puiser dans le mélange des genres ? Il faudra certainement attendre la prochaine production des Allemands pour avoir réponses à ces questions mais, en attendant, Des Wahsinns Fette Beute n'est pas si mauvais que ça. Après plusieurs écoutes, on s'aperçoit que de bonnes idées sont développées ici, et même si le trio s'éloigne de ce qu'il faisait avant, cela ne signifie pas pour autant que ce qui en découle est mauvais. Malgré des faux pas, un univers déroutant, c'est bien écrit. Plus facile d'accès, certes, et pourtant, quand on n'est pas puriste, on s'aperçoit que les exercices faits ici sont, pour la plupart, assez réussis et font donc de cet album autre chose qu'un échec cuisant.

 

Tracklist de Des Wahsinns Fette Beute

01. Unzerstöbar
02. Zwei Schritte Vor
03. Such Mich Find Mich
04. Bis der Spiegel Zerbricht
05. Die Geister Die Ich Rief
06. Bonobo
07. Deine Eltern
08. Kleinstadtboy
09. Regen
10. Kosmonaut
11. Komm Zurück
12. Aus Meiner Haut
13. Seemannrose
14. Unendlich


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