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C H R O N I Q U E
“Hey, young lady… Do you want a candy bar? Take it, it’s in my pocket. You can have it if you want. Don’t listen to your mother; don’t be afraid. …TAKE THE CANDY BAR! In my F**KIN’ POCKET! Take it, you son of a bitch! Come on! …HOLY VIRGIN…I WANT YOUR FLESH!”
Surprenante intro que celle-là, n’est-ce pas ? Bienvenue dans l’univers de Psykonawak, groupe jeune mais groupe phare de la région cannoise. Psykonawak nous livre ici Isis Raped ?, un EP quatre-titres, sur lequel on retrouve Adrien aux fûts, Léo et Numa aux guitares, Antoine à la basse et Sylvain au chant.
HOLY VIRGIN… I WANT YOUR FLESH !
Tels sont donc les premiers mots de cet EP, qui en réalité sont extraits d’un sample « fait maison » (avec Sylvain qui fait le vieux pervers, et Numa qui fait la petite fille), qui ressemble à s’y méprendre à un dialogue tiré d’un film. Vient alors un riff qui laisse ensuite place au rire terrifiant de Sylvain, suivi de son scream puissant qui fait l’effet d’une déflagration reçue en pleine face. Nous sommes donc devant du hardcore, du hardcore viril qui tâche les burnes et fait monter en nous de violentes pulsions de mosh. Et pourtant, oui pourtant, après cette déflagration qui nous brûle la tronche sans crier gare, voilà que les grattes s’accordent pour un ensemble plus mélodique, presque funky, avant de reprendre sur un rythme plus hardcore mené par une double-pédale en pleine forme. Psykonawak alterne ensuite encore un passage mélodique, chanté en chant clair cette fois. Et c’est cette alternance même, cette alternance entre hardcore puissant qui défouraille et passages plus mélodiques, qui fait la force de cet EP. Au long de ces quatre titres, on oscille entre deux mondes, un qui vise les tripes et l’autre qui vise le cerveau.
Car oui, Psykonawak nous pond des textes intéressants ! Outre le problème de la pédophilie évoqué dans le premier morceau (c’est quand même un sujet plutôt tabou, mais ici il est bien traité donc ça passe comme une lettre à la poste), le groupe reprend des thèmes fidèles au genre, tels que la liberté (« Isis » mentionné dans le nom de l’EP étant d’ailleurs le nom de la statue de la liberté, pas folle la guêpe) et la drogue. Tous ces thèmes sont abordés dans un état d’esprit différent, parfois dans un accès de rage totalement hardcore, comme dans Freedom, ou parfois dans une parfaite moquerie, comme dans Taste Holly Crap.
Taste Holly Crap justement, parlons-en. Car nous avons là affaire à la pièce maîtresse de cet EP. Parfait mélange entre dérision et sérieux, entre passages mélodiques (voire jazzy pour l'intro) et passages furieux, ce morceau est le parfait révélateur du style de musique pratiqué par Psykonawak. Dans Taste Holly Crap, nous avons affaire à un gros pamphlet envers les bien-pensants qui condamnent la drogue. Sauf que, contrairement à 90% des groupes de hardcore, Psykonawak prend tout le monde à contrepied avec, en plus d’une intro purement jazzy, des passages où Sylvain se moque de la police d’une manière totalement absurde et décalée, et indescriptible. C’est drôle, sympa à écouter dans la mesure où c’est original, et surtout c’est efficace.
Côté musiciens, rien à redire, c’est carré, technique, propre. Chacun maîtrise son instrument pour notre plus grand plaisir. Petit bémol cependant au niveau de la production, propre mais pas forcément toujours maîtrisée, notamment à la fin de Grandpa’s feeling alone. Mais rien de très grave, soyez rassurés.
Au final, on aime ou on n’aime pas. En distillant par ci par là des relents de musique mélodique, et des passages décalés et burlesques en plein milieu de riffs hardcore, Psykonawak partage ses auditeurs. Ceux qui aiment les changements de rythme et de tempo apprécieront; les amateurs de hardcore pur se tourneront vers autre chose. Ceci dit, si l’on arrive à se plonger dans l’univers de Psykonawak, ce Isis Raped ? saura rapidement se montrer plus qu’intéressant, et révélateur d’un gros potentiel.
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