Chroniquer les best of ne fait pas partie des usages de notre auguste webzine mais petite exception pour Tagada Jones, membre du très officieux / officiel Gros 4 français après une tournée des Zenith très appréciée alors que la crise sanitaire touchait à sa fin. Réputée pour ses performances live, la formation bretonne tient désormais son rond de serviette dans les plus grands Fest français, du plus important de tous, à d’autres plus locaux tout aussi appréciables. Incarnant une certaine tradition bien française des scènes alternatives dont ils sont les héritiers naturels (Bérurier Noir, Les Sheriff, Parabellum), engagée politiquement dans ses combats, porteurs de valeurs positives (respect, liberté), Tagada Jones œuvre sur les scènes françaises et de Navarre depuis désormais trois décennies et en profite pour proposer son premier best-of, eux qui ont dix albums à leur actif.
Plutôt malin, le groupe ne se contente pas de délivrer un best-of classique mais revisite pas mal de versions. L’esprit best-of est bien présent, car l’ensemble de la carrière des bretons est bien brassée, des débuts punk hardcore en mode missiles de jeunesse jusqu’aux morceaux les plus récents dont l’inénarrable hymne Mort Aux Cons, carte de visite du combo. Variant les styles et références en tout genre, Tagada Jones se fait plaisir. De l’apport de violoncelles (oui, j’ai dû réécouter le titre pour m’assurer que je n’étais pas abusé par quelques sorcelleries) sur Combien de Temps Encore (au titre synthétisant bien les réelles angoisses de notre époque), l’atmosphère « furia » de Tout Est Sous Contrôle, le recours aux Bidons de l’An-Fer qui amènent une énorme puissance (s’il en était besoin), le groupe surprend et en bien. Evidemment, les missiles punk metal sont bien présents et font leur effet.
Respectant tout de même l’esprit best-of, Tagada Jones propose un petit inédit (Le Poignard) histoire de donner à attendre aux fans (et respecter un peu les canons commerciaux). Cela ne fait que confirmer l’excellente dynamique de Tagada Jones, désormais en pleine maîtrise de son art et devenu sans en avoir l’air une pointure dans son genre, un groupe qui ne déçoit jamais en live faisant le bonheur d’auditoire content d’y revenir. Où je ne résiste au plaisir de citer l’ami Jean-Mich’Hell incapable de savoir le nombre de fois qu’il les a vus en live. L’ironie, c’est que l’auteur de ces lignes ne les a jamais vus en live et qu’après l’écoute de ce best-of, ce dernier en a très envie. Et aussi la volonté de découvrir un peu plus ce groupe preuve en est ainsi faite que ce best of a parfaitement rempli son rôle. Excellente porte d’entrée (validée) pour appréhender Tagada Jones et suffisamment repensé pour plaire aux afficionados. Bien joué les bretons.