BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Les portes du metal, je m’en éloigne un peu avec cette chronique. Certes, je pourrais faire preuve de mauvaise foi (ce qui n’arrive jamais par ailleurs !! Du moins j’aime à le croire 😉) avec la présence de Muse en headliner du Hellfest 2025. Les repères sont biaisés, System Of A Down rejette son passé Metal mais tout de même, les Strokes c’est du rock, du génial certes mais pas dans notre domaine. Mais c’est l’été, j’en profite et puis on commence à avoir un peu de recul sur le phénomène Strokes, groupe qui a remis le rock sur le devant de la scène au tournant du millénaire avec un premier disque aussi important dans l’histoire du rock qu’unNevermind. Rien que ça, et si les Strokes n’ont pas connu le destin tragique d’un Kurt Cobain ("impacter" le monde a un coût terrible), le groupe a disparu des radars discographiques. Alors ce retour en Juillet 2026 (initialement prévu un mois plus tôt) forcément c’est un mini événement.
Le destin de ce groupe reste assez typique. Un premier effort qui a créé un impact monumental avec Is This It paru fin Août 2021 deux semaines avant que la Ville de New York ne connaisse l’horreur. Coolitude, look, attitudes, qualités des compos avec ces missiles rock ultra mélodiques, génialement écrits avec ce chant désinvolte hyper accrocheur. Un bijou de rock, maintream. Les musiciens incarnent aussi une époque : des gosses de (très) riches, des vrais qui se sont connus dans un lycée international en Suisse. Le père du chanteur Julian Casablancas a créé l’agence Elite par exemple. Dans un monde qui sortait du phénomène Oasis, ça faisait un choc. Le succès fut surtout dans les cercles qui se pensent initiés et reste moins impactant que celui d’un Nirvana, plus populaire donc plus impactant sur la société. Les Strokes ont surtout joué en Ile de France.
Le parcours du groupe a embrassé son temps, un Room On Fire en mode copié collé du premier avec quelques bijoux en 2003 puis une vraie tentative d’explosion commerciale. Temps significatif passé en studio, disque surproduit, nouveaux looks plus matures pour un First Impressions Of Earth en 2005 pour un résultat très probant artistiquement (malgré un disque un peu trop chargé, clairement trop dense) mais point de succès commercial à l’horizon. Le téléchargement venait de s’industrialiser dans la foulée de Napster (il avait raison le Lars n’en déplaise à beaucoup). Le groupe s’était retrouvé devant une situation improbable, vendant moins de disques mais augmentant sa fréquentation en live. Les problématiques du XXIème siècle étaient en place et, quatre ans après avoir « sauvé » le rock, le groupe subissait la restructuration d’une Industrie sacrément agitée par les nouvelles technologies.
Le groupe n’allait pas s’en remettre, Albert Hammond Jr brillant guitariste avec de chouettes disques solo allait s’enfoncer dans la drogue et il faudra une volonté féroce de son compère Nick Valensi pour proposer Angles (que je trouve génial à titre personnel). Je ne mentionne pas Comedown Machine qui ne mérite pas d’être cité selon moi. Ensuite, une belle présence live en mode fan service dans le cadre des festivals Lollapalooza (dont une belle date à Longchamp en 2019). Le groupe a su garder cette aura, ce magnétisme et cette sympathie qui les a toujours accompagnée.
Phénomène des temps, le groupe reviendra jouer à Bercy à l’automne 2026 quand les new-yorkais jouaient au Zenith dans leur âge d’or. Ne rien produire en matériel studio, se faire oublier permet de jouer dans des salles immensément plus grandes deux décennies plus tard. Le capitalisme fonctionne vraiment en jouant sur la frustration ! Et ça fonctionne. Le récent succès d’un System Of A Down blindant deux Stade de France ou le retour en grâce de The Offspring en sont d’autres exemples contemporains avec des groupes géniaux mais qui ne proposent plus de matériel neuf mais de la nostalgie pure sucre.
Les Strokes ont cependant remis ça en studio ce qui est plutôt cool et permet de nuancer ma dernière remarque. Les new-yorkais ont fait appel à Rick Rubin (autre légende passée). On retrouve l’esprit Strokes, ce son, cette ambiance qui nous ramène vingt-cinq ans en arrière. Pur produit de fan service, ouvertement nostalgique, ce nouveau disque des Strokes s’écoute très bien, c’est fun, léger et en période estivale de fortes chaleurs ça fait du bien. Les paroles sont du pur Julian Casablancas, désespérées par un vocaliste au cynisme permanent. Les guitares s’en donnent encore à cœur joie, c’est un régal. Il sera intéressant de checker les setlists voir si le groupe reste sur une logique fan-service ou si des nouveaux titres sont intégrés à la fête. Nous y verrons plus clair sur une remise en route du groupe ou si les musiciens vont continuer à leur rythme, plus tranquille. Les grandes ambitions de la jeunesse sont loin derrière désormais même s’il semblerait que les nouvelles générations accrochent, ce qui sera à confirmer. Drôle d’époque qui retourne chercher des idoles de décennies précédentes (Oasis, System, Offspring, Linkin Park et j’en passe) semblant peiner à se renouveler.
Cette chronique n’a probablement pas sa place dans cet auguste webzine, c’est un plaisir coupable pour l’auteur de ces lignes qui a beaucoup écouté ce groupe à la fin de ses études. De fait, un bon disque d’un groupe qui de toute façon a déjà écrit l’Histoire (du rock) et qui rien que pour ça mérite le respect. Une formation dont le destin épouse les époques traversées, de sauveur du rock à gloire du rock, assurant du fan-service avec des musiciens qui ont probablement tiré sur la corde et semblant bien heureux d’avoir ralenti le rythme.