Transatlantic est un groupe hors norme. Supergroupe constitué à la fin
du siècle dernier, il ne se réunit que tous les cinq, six ans en moyenne et il ne me
semble donc pas inutile de prendre un petit moment pour en rappeler l’incroyable line-up :
Neal Morse (ex Spock’s Beard, Neal Morse Band) aux claviers / chant, Pete Trevawas
à la basse (Marillion), Roine Stolt (The Flower Kings) et le metalleux le plus
occupé de la planète Mike Portnoy (trop de groupes mais tout de
même une liste non exhaustive : Adrenaline Mob, Sons Of Apollo,The Winery Dogs auquel on peut ajouter des
participations live chez Twisted Sister et un passage chezAvenged Sevenfold). A noter que ce dernier va être
au cœur de l’année "progressif" 2021 avec aussi le retour programmé (plus de
vingt ans après !) de Liquid Tension Experiment où il va
retrouver ses ex-comparses de Dream Theater.
Formation hors norme je vous
disais aussi par son incroyable impact sur la scène progressive et nos amis
anglo-suédo-américains ont encore passé un cap avec ce nouveau disque. Le lecteur
attentif aura remarqué les parenthèses à la fin du nom de l’album
(abridged version). Ce n’est pas un accident. Je vous explique l’histoire, vous
allez voir, il n’y a que nos quatre phénomènes pour nous faire ça. On
connaît la capacité à proposer des constructions complexes de
Transatlantic (Duel With The Devil, le concept albumWhirlwind). A présent, le fan est lui aussi mis
à contribution. Eh oui, après des sessions d’enregistrement fin 2019, nos quatre
fantastiques n’ont pas su se mettre d’accord sur le tracklisting final avec un disque de la
durée d’un match de foot. Ne parvenant pas à un compromis (en gros soit on
raccourcit pour faire un album simple soit on allonge pour faire un double album), le groupe a donc
choisi de faire deux versions, l’une pilotée par Neal Morse (la version
courte dite abridged) et l’autre par Roine Stolt (dite
extended). On notera une troisième version dénommée ultimate avec encore dix
minutes supplémentaires (no comment !!). On voit bien ici dans ce cas toute la logique
progressive avec une musique en évolution permanente et du matériel étirable ou non
et ce à l’infini. Les fans vont en tout cas avoir de quoi se satisfaire et les plus mordus
pourront même s’amuser à challenger les différences qui peuvent aller
jusqu’à l’utilisation de différents chanteurs sur un même passage entre
les différentes versions. Oui hors norme, je vous dis ! Transatlantic a
clairement passé un cap dans son rapport à son public. Bon courage pour ceux qui
souhaitent entrer dans la danse (mais l’effort me semble en valoir la peine).
L’auteur de ces lignes étant un réel admirateur du combo mais ne se
considérant pas mordu, ce n’est que la version abridged dont je vais vous parler.
Je n’ai aussi pas eu accès à cette version longue mais j’avoue que pour moi,
sortir deux versions d’un disque me semble trop. Il n’en demeure pas moins que pour les
fans, la démarche est assez géniale et aussi très honnête car aucun musicien
n’en sort ainsi avec le sentiment d’être lésé par ses collègues
ce qui me semble plutôt sain dans une dynamique de groupe. Surtout quand celui-ci carbure au
super. Que vous dire de ce disque alors ? Que la dynamique générale me semble aller dans
le sens du parcours de Transatlantic, à savoir que depuis son "retour" en 2008
pour Whirlwind, le groupe a un peu perdu son côté événementiel je
trouve. Déjà, Neal Morse et Mike Portnoy sont
inséparables depuis une grosse décennie et le style de Transatlantic qui
avait tant bluffé à son arrivée est maintenant connu des fans. Ces quelques
réserves émises n’empêchent pas la très belle tenue de
l’ensemble. L’ouverture est même très sympa car reprend bien tout le
savoir-faire du groupe entre parties planantes, maîtrise technique époustouflante et ce
genre de mélodie inclassable et si typique du combo que c’en est un régal. Ce
concept-album, car c’en est un comme Whirlwind, fonctionne vraiment bien, alterne
beaucoup de parties ben imbriquées et les bonnes idées pullulent. Mention spéciale
aux mélodies de guitares, sublimes et lumineuses comme toujours avec Roine
Stolt.
Après quelques lectures, il semblerait que la version longue soit, et c’est logique, plus
encline à développer certaines parties, gagnant en profondeur ce qu’elle perd en
côté percutant. Les fans de la version abridged iront donc naturellement vers la
version longue quand d’autres moins réceptifs se satisferont de cette dernière
version. Après les livres dont vous êtes le héros, voici l’album dont vous
êtes le producteur.
La bêtise serait de conclure, aimait à dire Flaubert. C’est particulièrement
vrai avec ce disque eu égard à ce que je vous ai décrit plus haut et qui sera de
fait reçu différemment d’un auditeur à l’autre. Cependant, il me semble
que l’on peut toutefois établir un constat assez clair. Transatlantic a
encore du talent à revendre, de réelles capacités et nous délivre ici un
bien bel album de rock progressif. Je continuerai tout de même de penser que le groupe gagnerait
à délaisser la formule concept-album pour revenir vers des pièces de trente
minutes, ce que Transatlantic faisait de mieux à mon sens, le format album
complet rendant la musique du groupe encore plus longue à appréhender et délaissant
quelque peu les non-puristes de la scène prog. Mais pour les fans de cette scène, quelle
belle opportunité. Un groupe bien vivant, toujours créatif et dans la prise de risques.
Ça se respecte.
Tracklist de The Absolute
Unverse : The Breathe Of Life (abridged version) :
01.
Overture 02. Reaching For The Sky 03. Higher Than The
Morning 04. The Darkness In The Light 05. Take Now My
Soul 06. Looking For The Light 07. Love Made A Way
(Prelude) 08. Owl Howl 09. Solitude 10.
Belong 11. Can You Feel It 12. Love Made A Way (Reprise) 13.
The Greatest Story Never Ends 14. Love Made A Way