BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Dans les cours de productivité Corporate, l’on fait souvent référence aux lois du marché qui n’aiment pas trop le "e". Ça sent le bouseux, ça trahit le pauvre.
Si vous ne voulez pas que votre festival ressemble à la fête de l’Huma sauce barbecue, baptisez-le, même au fin fond de la sublime vallée de la Clarée, "Mountain Summit Music Extreme Outdoor Base Camp", ou un truc dans le genre. Mots courts, idées longues, mais surtout pas d’article, quelques "e" certes, mais peu. Ça doit claquer International Corporate.
Si vous voulez que sa réputation suive une progression folle, proche de la trajectoire exponentielle de notre estimé Total, fleuron capital de notre belle société de consommation, alors lâchez tous ces outils inutiles : identité linguistique, morale des anciens, respect des us et coutumes... Ne visez que vos chers profits, mais surtout niez-les, niez-les toujours et justifiez-les contre toute évidence. Vous êtes un Pygmalion et seuls quelques grincheux jaloux voudront encore vous faire passer pour un exterminateur de réacs.
Le directeur de ce beau festival, maintenant en marche vers un succès planétaire, leur répondra qu’il faudrait regarder un peu plus loin que le bout de notre blair franchouillard et poussiéreux. Que le monde est bien plus qu’un village, que les festivaliers de ce monde merveilleux sont tous des brothers bienveillants et qu’il est généreux de s’adresser au plus grand nombre, contrairement à notre repli sectaire et périmé. Et toc, comme il a bien parlé.
Ben le voilà en marche, ce noble marché musical mondialisé, vers celui de l’uniformisation. Avec son lot de toujours plus de surprises, toujours plus de promesses, à le faire grandir... Un tiers de plus à consommer l’année prochaine, on passera à 300 groupes, jusqu’à la nausée, mais laquelle passera crème avec des pilules de type VomitPass à 400 balles et un quart de pinte de bière Beauf anti-caniculaire à 5 balles.
Dans ce monde redevenu merveilleux, quelques rares réacs, de plus en plus rares, boudent encore et traînent les pieds sur les pavés de la croissance infinie. Pauvres fous... On évitera, par décence, les termes bien trop nobles de résistance, de liberté ou de soulèvement. Non. Vous êtes simplement des anomalies statistiques promises à l’effacement progressif. Une erreur de calcul dans la grande équation du marché.
Ils existent en chair et en os, ces gens étranges. Ces gens qui n’ont manifestement rien compris au progrès. Par exemple, au lieu d’abandonner leur dialecte pour un anglais calibré export, ils persistent à chanter dans la langue de leur vallée. Au lieu de lisser leur identité pour séduire les algorithmes de la planète Metal, pas mieux lotie que votre planète éco-responsable, ils l’affûtent comme une vieille lame héritée du grand-père. Quelqu’un devrait leur expliquer qu’en 2026, chanter en valaisan constitue un handicap commercial à peu près aussi pertinent qu’ouvrir un magasin de cassettes VHS ou lancer un réseau social consacré aux télécopieurs.
Et pourtant, tandis que certains événements ressemblent désormais à des centres commerciaux ayant découvert le blast beat, voilà qu’arrive Tylangir. Un groupe de sept jeunes gens qui sent encore la montagne authentique, le bois humide, les légendes anciennes, les rites païens et les traditions familiales. Une bande qui semble avoir oublié de consulter les experts en développement de marque avant d’enregistrer son deuxième album. Le genre de formation qui donne envie de croire que le Metal ne sera jamais coté en bourse. Un espoir mince qui tient grâce au fait que, oui, le futur parlera encore avec l’accent du passé.
Le groupe de folk Metal suisse Tylangir fait une entrée fracassante avec son deuxième album. L’exploration de la mort et la fugacité de la vie, constituent les thèmes centraux de l’album et se retrouve comme un fil conducteur en l’âme de chaque morceau. Au cœur de celui-ci se trouve la relation entre l’humanité et la nature, vaste merdier vous en conviendriez. Ces textes ne sont qu’un des nombreux atouts que Tylangir a su inclure dans cette galette pure merveille de nos GMA (Grosses Musiques Assourdissantes) nappé de sauce Death mélo moderne.
Les paroles sont toutes chantées en valaisan (dialecte du canton suisse, pour un français cela pourrait s’apparenter à un mec qui parle en allemand et dont vous ne comprenez même pas son bonjour ..). Quiconque, qui pense modestement maîtriser la langue de Nietzsche (Compositeur allemand... et oui !) se rendra vite compte de sa prétention. Donc si vous ne comprenez pas forcément toutes les paroles (pas le moindre mot dans mon cas...), l’ensemble est d’une authenticité remarquable. C’est ce que nous traduit le ChatGpt également en souffrance avec le Valaisan (il fera moins son malin dorénavant, monsieur "je sais tout" ...).
L’utilisation audacieuse de passages de yodel dans certaines chansons renforce ce beau côté identitaire, et comme de plus l’effet s’intègre parfaitement à l’ambiance sonore de l’album. Alors chapeaux Valaisans bien hauts. Musicalement, la harpe joue un rôle primordial. Juliana Kräuchi porte et soutient les morceaux en leur conférant une atmosphère mélancolique, parfois même d’ordre mystique. A d’autres moments, elle apporte quelques profondes respirations bienfaisantes, un peu comme un chant d’oiseaux dans la forêt printanière, quelle élégance. Des instruments comme la flûte, le bouzouki et le dulcimer valaisan sont également utilisés. Associés aux growls du chanteur Lukas, ils créent un paysage sonore saisissant. L’ambiance oscille entre des déchaînements de Black Metal sauvage et des passages calmes, atmosphériques et empreints de poésie.
Satisfecit à Sieur Sam Eyer, joueur de Violin, Flute, Flöte, Irish Bouzouki, Tagelharpa et autres fluteaux, ce multi-magicien démontre que notre Rémi Bricka nationale n’a pas rejoint le monde des morts dans une valse macabre endiablée, sans manquer son cycle de réincarnation dans un jeune artiste suisse. Seule la corne de Bouquetin, je vous jure Monsieur le juge que je ne touche pas aux substances chamaniques, provient de la forêt du Sieur Lukas Sarbach, le frontman XXL par sa performance et sa classe.
Les moments forts sont nombreux et variés. Le morceau d’ouverture, qui donne son titre à l’album, avec ses riffs accrocheurs, séduit immédiatement et offre un aperçu impressionnant du talent de ses jeunes artistes : une immense diversité, une voix puissante et l’utilisation d’instruments folkloriques qui, loin d’être déplacés, confèrent aux morceaux une aura mélancolique. Pour que vous compreniez bien le propos, et comme parfois il est bon de choisir l’opposition à la comparaison, alors dans notre cas, avec ce sublime Tylangir, nous sommes bien loin du style pénible d’Eluveitie, les opposer pourrait même rendre intelligent (Ce satané Diable Bleu qui vend un truc dont il ne possède pas le moindre échantillon..) histoire d’évacuer le cliché récurent qui touche le Metal suisse...très souvent même, mais pas complétement abscons au regard du nombre de formations suisses à la sauce éluvétienne trop calorifique car trop sucrée...
Le groupe a également réalisé un clip vraiment chouette pour Johanneli Fi. La chanson raconte l’histoire d’une logeuse qui a servi de l’eau dans le vin de ses invités et qui, en guise de punition, doit désormais vivre dans l’eau froide. C’est un morceau tout particulièrement, tant il développe l’ensemble des qualités de chacun des artistes. Le titre entraînant Där Nattruflüäch, l’épopée de plus de 8 minutes Odem (dans laquelle le groupe explore la mort et l’au-delà), et le morceau de clôture Z Värloru Tälli sont d’autres points forts de cet album incroyablement puissant. Odem reste le plus chouette pour moi, il s’agit de ma piste pref. Il est dense, puissant et profond. Le dernier morceau illustre parfaitement la manière dont Tylangir entremêle légendes, récits et problématiques actuelles. Comme si le présent se reflétait dans le miroir du passé.
Tylangir pourrait largement dépasser tous vos préjugés sur le Folk Metal, il nous offre un album véritablement unique. Tout y est parfaitement dosé: concept, musique, production, intentions artistiques et paroles. Le tout s’entremêle pour former une œuvre d’art complète époustouflante. L’album se révèle davantage à chaque écoute, dévoilant sans cesse de nouveaux détails s’ajoutant à la réflexion générale. J’espère que vous apprécierez l’écoute et la découverte de Där Totutanz, chef-d’œuvre de musique Folk, Pagan et Death Melo.
Amies lectrices, amis lecteurs, vous percevez certainement cette délicieuse ironie dans cette histoire. Pendant que certains travaillent avec un zèle admirable à rendre le Metal toujours plus grand, plus rentable, plus international, plus homogène, plus compatible avec les tableaux Excel et les présentations PowerPoint destinées aux investisseurs enthousiastes, voilà qu’un groupe suisse chantant dans un dialecte compris par une fraction infinitésimale de l’humanité vient rappeler une vérité particulièrement embarrassante.
Tylangir ne cherche pas à parler à tout le monde. Il parle de ses montagnes. De ses morts. De ses peurs. De ses légendes. De ses croyances chamaniques. Avec sa langue. Et c’est précisément pour cette raison qu’il finit par toucher bien au-delà de The Valley™. Comme quoi il n’est peut-être pas nécessaire de rebaptiser la moindre fête de village en "Mountain Heritage Folk Experience Ultimate Gathering" pour exister.
Parfois, il suffit simplement d’avoir quelque chose à raconter, de manière authentique. Där Totutanz est un immense album. Un disque habité, puissant, sincère et profondément vivant malgré son obsession assumée pour la mort. Une œuvre qui rappelle aux modernistes que les racines ne sont pas des chaînes mais des fondations pour monter plus haut. Une leçon que certains industriels de la culture pourraient méditer entre deux augmentations de capacité d’accueil, trois nouveaux partenariats commerciaux et une énième hausse du prix de la bière Beauf.
Tracklist de Där Totutanz :
01. Alpsagu 02. Dar Totutanz 03. Dar Wolfsritt 04. Johanneli Fii 05. Dar Lammargeiar 06. D’ Lindwurmheeli 07. Dar Nattrufluach 08. Petrichor 09. Odem 10. As het nu afa Firchtu 11. Z’ varloru Talli
PS : je vous ai menti. Si vraiment, bon ok ce n’est pas la première fois. J’avais compris le titre. Där Totutanz, la Danse des Morts.
J’ai simplement préféré préserver ma réputation de pseudo expert approximatif et à grande bouche. Une réputation bâtie avec patience, application et un sens aigu de l’à-peu-près. Mais si vous souhaitez découvrir ce chef-d’œuvre (la Danse des Morts), dans un décor adapté, essayez donc l’abbaye de La Chaise-Dieu. En France. Dans un coin hors du temps qui passe vite. Avec des vieilles pierres. Une histoire millénaire. Alors soit, on y trouve quelques "e". Mais pas le moindre "Design Spiritual Heritage Experience Center" à l’horizon. Pourvu que personne n’aille leur donner cette "Fucking Idea".