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le 20 avril 2026.

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Artiste/Groupe:

Walg

CD:

VI

Date de sortie:

Juin 2026

Label:

Indépendant

Style:

Black Metal mélodique

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

18/20

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C’est officiel : l’été est là. Le soleil cogne, les cigales remettent leur contrat saisonnier en route et les Français recommencent à considérer qu’une file d’attente de trois kilomètres est une activité de loisir.

J’espère donc que tout le monde pourra prendre quelques vacances. Tout le monde, sauf évidemment nos chroniqueurs d’APdM qui s’apprêtent à entamer leur traditionnel marathon culturel estival. Au programme : le Festival d’Avignon, son In, ton Off, le Off du Off, votre Off du Off du Off et, pour les plus aventureux, le mystérieux Middle dont personne n’a jamais pu prouver l’existence. Sans oublier la Biennale de la Performance Liquide du Summer Breeze de Dinkelsbühl, le Festival International du Film Muet Sans Images d’Annecy et, pour les amateurs de sensations fortes, le défilé du 14 juillet en Corse. Bon certains parmi nous, serons exemptés, nos jeunes glober trotter Vince et L-Red qui rentrent de vacances au Hellfest, ont consulté pour obtenir une prolongation en évoquant un possible burn out. La grande organisation n’a retenu qu’une possibilité de coup de soleil, du coup le grand Financier leur a trouvé un spot bon marché, ils partiront en Islande se reposer sur une plage à baleines.

Bref, pendant que la majorité de vos serviteurs continueront de chroniquer des GMA dans des salles obscures sentant la bière tiède et le merch humide, le reste de l’humanité ira faire le poireau au soleil.

J’ai récemment découvert l’existence d’une catégorie de voyageurs que je n’aurais pas osé imaginer même après trois jours enfermés avec notre JeanMich’Hell durant un stage de développement personnel : les begpackers en van. Alors déjà, les bagpackers. Ces gens qui vivent avec un sac à dos depuis si longtemps qu’ils ont oublié l’existence des armoires Ikea. Ils arborent généralement des dreadlocks blondes, une barbe philosophique et un bronzage évoquant une vieille figue oubliée sur un radiateur. Ils portent toujours des prénoms courts : Vince, Chris, Lou, Pipou, Kabet. Impossible de savoir s’ils ont 23 ans ou 51.
Tu les croises quelque part au bout du monde. Tu viens d’où ? Je sais plus... Comment ça tu sais plus ? Ça fait six ans que je suis là ici en Syrie. Mais enfin Vince, tu es né à Combloux.

Mais voilà qu’une sous-catégorie est apparue : les begpackers en van, tu la vois la nuance du e coincé entre le le b et le g. Le concept est simple. Tu pars faire le tour du monde en van et sans argent, puis lorsque tu n’as plus du tout d’argent... tu demandes des roupies, des brouzoufs ou des pesos, c’est selon, aux habitants du pays que tu visites.

L’idée est déjà spectaculaire sur le papier. Tu peux ainsi tomber sur un couple d’Allemands aux dreadlocks approximatives jouant une version désaccordée de Wonderwall devant une gare routière en Inde afin de financer leur quête intérieure. Le problème n’est pas tant qu’ils demandent quelques pièces. Ils font bien ce qu’ils veulent. Mais demander à des autochtones qui, pour des raisons économiques, sécuritaires ou politiques, n’ont parfois pas parcouru le dixième du millième de tes voyages, de financer ton année sabbatique sous prétexte que tu cherches ton moi profond au Népal reste une forme de culot qui mériterait presque une médaille olympique. On n’est pas très loin du crowdfunding de l’indécence.

Amies lectrices, amis lecteurs, j’ai donc décidé de vous partager une petite liste de choses que l’on croit autorisées parce qu’on est en vacances alors qu’en réalité... non.

Les buffets, il faut arrêter. Face à un buffet, le masque de la civilisation tombe instantanément. Tu découvres la véritable nature des êtres humains. Cette personne que tu admirais. Cette âme pure. Cet individu dont tu respectais le jugement jusque là aussi sûre que celui de Ségolène. Tu la vois revenir avec une assiette contenant simultanément des pancakes, des crevettes, des lasagnes, du melon, trois mini-croissants, un burrito, deux olives et un mystérieux cube rose dont personne n’a jamais identifié l’origine.

C’est trop les buffets pour nos petits cerveaux, parce que tout est possible, alors tu deviens fou, tu te retrouves tellement grisé par ces possibilités, que tu vis toutes les vies que tu t’étais interdites à la maison. C’est beau, mais ce n’est pas parce que tu te retrouves en vacances, que ton système va le supporter, tu vas amèrement le regretter dans trois instants. Donc les buffets, il faut arrêter !

Le deuxième truc qu’il faut arrêter, les activités à la c.n, du genre le jet-ski, le 4*4 ou le scooter de loc. Concentrons nous sur ce diable de scooter de loc... C’est quand même fascinant. Toute l’année, nous rêvons de ralentir. De marcher. D’observer. De respirer. Puis une fois arrivés dans une antique cité médiévale vieille de huit siècles, nous nous disons : "Et si je traversais tout ça à 38 km/h ?" Tu es là, devant une cathédrale construite pendant trois générations, et quelqu’un passe devant toi en zigzaguant sur son scooter de loc, peu fier destrier rouillé, comme un saumon sous amphétamines. C’est quand même un comble, toute l’année de trimer pour essayer pendant une semaine d’échapper aux embouteillages, aux transports bondés, aux autoroutes, aux voisins qui font des travaux pour se retrouver face à un zinizin chevauchant un truc qui fait le bruit de mille tondeuses. C’est sûr, certains s’efforcent de recréer les conditions exactes du RER C à l’heure de pointe. Il faut en finir avec les activités à la c.n.

Troisième truc qui est compliqué à gérer en vacances : l’alcool ! Ce n’est pas parce que vous êtes sur un autre fuseau horaire que ce n’est plus de l’alcoolisme. Le premier jour, tu attends midi. Le deuxième, onze heures. Le troisième, dix heures. Le quatrième, tu t’impatientes et tu commandes un rosé au petit-déjeuner en précisant avec un max d’auto persuasion qu’il y a davantage de glaçons que de vin. Moi je suis très pour, après je dis juste que ça ne facilitera pas la rentrée. Déjà tu reviens de vacances, le concept est loin d’être rigolo, avec toutes ces chroniques en retard qui s’amoncellent sous le regard inquisiteur du Grand Ordonnateur, et en plus tu te retrouves en sevrage de sulfite. Fâcheux, en même temps, ça va faire beaucoup trop à gérer !

Derniers trucs en vrac... les aptitudes photographiques. Sujet sensible chez nous. Je sais qu’aux Portes du Metal nous entretenons un rapport parfois... aventureux avec la photographie. Mais il faut dire les choses. Il existe probablement déjà une meilleure photo de la Sagrada Família que celle que vous vous apprêtez à prendre. Oui. Même avant que vous ne la preniez. kiffez avec vos yeux. Ils disposent d’une résolution remarquable et d’un stockage illimité. Et surtout, vos "amis" liker compulsifs, ne remarqueront ni votre pouce dans le coin inférieur gauche, ni le cornet de glace flou. Quand un monument accueille plusieurs millions de visiteurs par an, il est raisonnable de penser que quelques images circulent déjà. Notre Ced à l’esprit libertaire, ayant souffert plus que de coutume de cette divine jalousie, vous dira toujours de rester prudents. Une photo malheureuse sur internet attire parfois davantage de commentaires que le dernier t-shirt d’un groupe de power Metal avec dragons romantiques crachant cœurs et fleurs.

D’ailleurs en parlant de t-shirts, et dernière chose que je voulais vous signaler. Il y a deux choses par rapport aux vêtements en vacances qui posent problèmes. La première c’est qu’on ne va pas mettre la moitié de ce qu’on a apporté, c’est une certitude. Et d’un autre coté, si tu mises tout sur les voyages légers, et que tu achètes sur place, il reste fort probable que tu ne le remettes jamais ailleurs que dans la boutique.

Moi, mon moi en vacances, il devient un styliste fou, il parvient à me persuader que je suis quelqu’un de fantasque, dans la boutique tout me va, j’y crois, il a la certitude sûre. Il vous regarde droit dans les yeux : "Mon ami, ce bonnet péruvien multicolore en poils de lama est ton destin." Tu y crois, tu imagines même que ce vêtement va révéler une facette cachée de ta personnalité. Puis tu rentres chez toi. Le bonnet rejoint un placard, illico. Il y retrouve le poncho mexicain de 2017, la chemise hawaïenne de 2021 et le sarouel spirituel de 2024. Ils forment désormais une petite communauté de textile abandonné. Ne cédez pas non plus à votre styliste intérieur fou en vacances, vous ne les remettrez pas.

Allez, bonnes vacances à toutes et à tous. Pour les chroniqueurs d’APdM, au boulot, pas de répit. Pendant que certains méditeront devant les couchers de soleil, d’autres devront affronter des piles de nouveautés plus hautes qu’un buffet d’hôtel all inclusive.

Et puisqu’il faut bien remettre au travail les éléments les plus récalcitrants de notre rédaction, commençons par une mission taillée sur mesure pour le Diable Bleu, ce champion toutes catégories de l’esquive professionnelle. Exit les plages à baleines et les bonnets péruviens : voici la nouvelle galette de Walg. Walg avait surgi de nulle part en 2021 avec un premier album débordant de riffs tenaces, de mélodies inspirées, d’énergie brute et d’interprétations passionnées. Depuis, le groupe s’est forgé un statut presque culte. Presque, car il demeure largement inconnu du grand public, tout en étant farouchement défendu par une communauté de fidèles qui ne laisserait personne salir son nom.

Depuis ses débuts, Walg affiche un rythme de production impressionnant : un album par an. Une cadence qui pourrait faire pâlir certains vétérans du genre. Car si l’inspiration semble inépuisable chez les Néerlandais, une telle productivité expose aussi à un danger bien connu : celui de la répétition. Pourtant, album après album, Walg continue de dégager cette énergie communicative et cette fraîcheur créative qui font sa singularité. Et oui parfois, l’inspiration est tout simplement inépuisable, voilà de quoi surprendre nos idoles et amis des Rolling Stones, l’archétype du groupe qui dure, qui dure en recyclant un mono album en 25 versions. Avec un tel calendrier, pas le temps pour nos Walg de rejoindre les poireaux grillés sur la plage paradisiaque, les stakhanovistes préfèrent user leurs guitares que de subir le grattage du sable.
Alors, que nous réserve ce sixième opus ? Les soufflets de Groningen aux Pays Bas continuent-ils d’alimenter la forge créative du groupe ou les flammes commencent-elles enfin à retomber en braises ?

Sur VI, Walg reste fidèle à sa flamme originelle qui les anime depuis leurs débuts. Nevel ouvre le bal avec un solo de guitare typique de Walg, énergique et terriblement accrocheur. Des arrangements symphoniques subtils enrichissent la musique et rapprochent leur style de black Metal mélodique de groupes comme Dimmu Borgir, Old Man’s Child et …And Oceans. Pourtant, Walg conserve une identité sonore bien à lui. VI possède une ambiance légèrement différente de leurs précédents albums, les morceaux semblent ici plus travaillés et maîtrisés. La fougue des précédents albums a laissé place à une plus grande retenue. Bien sûr, ils jouent toujours avec la même énergie et livrent de nombreuses mélodies exceptionnelles. Ils s’accordent aussi plus souvent à des moments de beauté plus intime, comme sur 1597, où Robert Koning pose sa voix claire plaintive sur des trémolos délicats.

Cette sauvagerie propre à Walg rime avec classe, et elle s’exprime principalement dans l’interprétation vocale de Yorick Keijzer. Il grogne et rauque comme une bête blessée et dévorée par un ogre. Si son chant déjanté donne l’impression d’un disque hors de contrôle, il y a pourtant une logique à sa folie. Son phrasé rappelle parfois celui de Maurice Wilson (Antrisch, ce délicieux groupe allemand dont on reparlera bien vite), et il confère une personnalité unique à leur musique. Bien que les morceaux eux-mêmes aient des structures plus contraintes pour contrebalancer la sauvagerie de Yorick, il existe une exception. Le titre de six minutes De Eenlonkster c’est une bête déchaînée, l’une des compositions les plus créatives de Walg. Des arpèges et des riffs aux accents country, à une partie chantée doucement accompagnée par le clapotis des vagues, jusqu’à un bref instant où elle frôle le death-doom. Ce fiévreux De Eenlonkster vous secouera et vous abandonnera avec le tournis et un œil au beurre noir, mais vous sourirez, dents manquantes comprises, lorsque le morceau s’achèvera.

Avec des dizaines de chansons écrites en six ans d’existence, on pouvait se demander si Walg ne serait pas à court d’idées, surtout avec un album de 34 minutes et 8 titres, leur plus court à ce jour. Pourtant, ils ont méticuleusement façonné une œuvre fabuleuse, toujours imprégnée de l’énergie et de la fougue qui les caractérisent. Il est vrai, on a une impression de déjà-vu quand un groupe sort des albums aussi fréquemment et régulièrement. Sur le titres le plus faibles de la seconde moitié de VI, Stil Geboren, la répétition est plus flagrante que sur les autres morceaux. Cette seconde moitié recèle tout de même quelques pépites. « Het Klooster Van Ter Apel propose un travail de percussions créatif ainsi qu’une ligne de riff déjantée, tandis que Erfvloek adopte une approche plus calme sur une belle mélodie en trémolo qui offre à VI une conclusion vraiment charmante, délicieuse, presque épique. Zoomons une dernière fois sur ce tonitruant De Nacht Behoort On Allen Toes et son riff de fin aux ascensions exponentielles. Le waouh sonore de cette sublime galette.

Mon expérience (qu’est ce que j’ai horreur de ce mot) avec VI a été faite de hauts, de très hauts et de quelques rares bas. Je l’avoue, les premières écoutes m’avaient laissé légèrement perplexe. Quelque chose semblait manquer, sans que je parvienne à mettre le doigt dessus, le turc indicible caché dans un détail. Puis, au fil des écoutes, la magie propre à Walg a fini par reprendre ses droits et tout engloutir. Cette capacité à faire cohabiter une délicatesse presque fragile avec une sauvagerie rugueuse demeure intacte.

Walg sonne toujours comme Walg, mais avec une évolution subtile et bienvenue. VI est un album particulièrement plaisant qui confirme que les Néerlandais restent une valeur sûre du black Metal mélodique moderne. On attend désormais VII avec une impatience non feinte.

Et si même cet idiot de Diable Bleu est parvenu, sans doute par miracle, ou parce qu’une nouvelle fois il a copié sur un camarade, à compter correctement sur ses deux mains jusqu’à six en chiffres romains, plaçons encore un peu d’espoir en lui jusqu’à XX. Pour VII, c’est presque acté, pour XXI en 2031, je ne garantis plus rien.

Tracklist de VI :
01. Nevel
02. 1597
03. De eenlonkster     
04. De beul, de lafaard     
05. Stil geboren     
06. Het klooster van Ter Apel     
07. De nacht behoort ons allen toe     
08. Erfvloek

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